Georges Bush sera dans deux jours à Hanoi. Il y va que dans un cadre international, celui du Forum de coopération économique Asie Pacifique, mais ce voyage suscite déjà les comparaisons entre la guerre que les Etats-Unis ont perdue au Vietnam et celle qu’ils sont en train de perdre en Irak. De plus en plus d’Américains craignent, et le disent, qu’on assiste un jour à Bagdad aux mêmes scènes qu’à Saigon, qu’on y voit aussi des hélicoptères évacuer dans la panique les derniers occupants de l’ambassade américaine. Le secrétaire à la Défense, Donald Rumsfeld, vient de payer pour les échecs irakiens comme son prédécesseur de l’époque, Robert McNamara, avait payé pour les échecs vietnamiens. On parle, maintenant, « d’irakisation » comme on parlait, en ce temps-là, de « vietnamisation » pour dire qu’il fallait que les Etats-Unis passent le relais à leurs alliés nationaux. La côte de popularité de Georges Bush est aussi bas que l’avaient été celles des Présidents Johnson et Nixon et, s’il n’y a pas, aujourd’hui, de mouvement anti-guerre, la « raclée » électorale prise par les Républicains exprime, avec une force tout aussi grande, le même rejet d’une guerre perdue. Le parallèle est tentant mais, en réalité, la défaite qui se profile à Bagdad pourrait être autrement pire que celle de Saigon car on ne peut pas confondre les deux époques. Au temps du Vietnam, on était en pleine guerre froide. Entre les deux superpuissances et les blocs qu’elles organisaient, l’équilibre de la terreur garantissait une stabilité, détestable, qui n’empêchait pas les guerres mais qui préservait, au moins, d’un chaos général. Durant la guerre froide, l’URSS pouvait subir un revers en Yougoslavie ou en Amérique latine. Les Etats-Unis pouvaient en essuyer un à Cuba ou au Vietnam mais, l’un dans l’autre, le rapport de force restait stable et, quand l’Amérique a du quitter Saigon, l’URSS comme la Chine savaient jusqu’où ne pas pousser trop loin l’avantage. Le paysage international n’en était pas fondamentalement modifié alors que si l’Amérique devait finir par s’enfuir d’Irak, il n’en serait pas du tout de même. Si l’on en arrivait là – ce qui n’est nullement exclu – l’Amérique laisserait derrière elle non pas un pays tombant sous la dictature mais tombant dans une guerre civile qui ne laisserait indifférent aucun des voisins de l’Irak. Tous interviendraient dans ce conflit, incomparablement plus qu’ils ne le font aujourd’hui. Cette guerre civile risquerait vite de devenir régionale. Elle opposerait non seulement des puissances rivales mais aussi les deux branches ennemies de l’Islam, sunnite et chiite. C’est le réservoir énergétique du monde qui sombrerait dans le chaos et, tandis que le terrorisme islamiste pourrait crier victoire et décupler ses forces, où seraient la ou les puissances capables d’arrêter cette course à l’abîme ? Il n’y en aurait pas. C’est toute la différence avec le Vietnam – tout ce qui rend si impérative et urgente la définition d’une sortie de crise.

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