Il ne s’en cache pas. Pour retrouver un prestige, reprendre une centralité et se faire réélire en 2012, Nicolas Sarkozy compte sur la double présidence qu’il exercera l’année prochaine, celles du G-8 et du G-20, des deux cercles, restreint et élargi, des plus riches des nations du monde. Mal en point sur la scène intérieure, il mise sur l’international mais quelles sont ses chances d’y trouver un rebond ? Sa conviction est que la guerre des monnaies va s’amplifier d’ici l’été, qu’elle deviendra si vive, si porteuse d’un brutal retour au protectionnisme et menacera tant les économies nationales que la Chine, les Etats-Unis, l’Union européenne, le monde entier, voudront définir, au bord du gouffre, un nouveau système monétaire international et que cela fera de lui l’homme de la situation. Il sera, alors, se dit-il, au cœur des choses, non seulement avec sa double présidence mais également comme celui qui avait appelé, dès la crise financière de l’automne 2008, à un nouvel accord monétaire et qui vient de jeter les bases, à Séoul, de grands séminaires internationaux chargés de trouver des convergences et avancer des idées. Il a énergiquement préparé tout cela, cajolant la Chine et la Russie, travaillant l’Allemagne, restituant des manuscrits anciens à la Corée du Sud, demandant aide et conseils à tous et s’attachant à ne blesser personne. C’est du bel ouvrage mais il n’est pas sûr que cela marche pour deux raisons. La première est qu’il n’est pas certain que cette guerre des monnaies devienne aussi sauvage aussi vite. Elle s’esquisse. Elle monte. Elle est presque écrite mais, de là à la voir éclater aussi rapidement, il y a un pas car elle serait si peu dans l’intérêt de la Chine et des Etats-Unis, tellement aléatoire pour ces deux pays, qu’ils feront tout pour la freiner en en restant aux gesticulations et cherchant un compromis après s’être fait peur. Le timing n’est pas forcément aussi serré que l’imagine Nicolas Sarkozy et en admettant même – ce n’est pas impossible – qu’il ait raison et que la tension croisse vraiment dans les mois à venir, il serait alors tout, sauf facile de la canaliser. A Washington, Barack Obama est, moins que jamais, seul à décider. Il doit gouverner avec une opposition républicaine qui tient la Chambre et veut réaffirmer la puissance des Etats-Unis. Sauf si la relance, plutôt en bonne voie, des pourparlers israélo-palestiniens débouchait vraiment sur des perspectives de règlement, le président américain n’est guère en état de conclure un nouvel accord monétaire et la situation n’est pas meilleure dans les autres capitales. A Moscou, la bataille du pouvoir devient quasiment publique entre Dmitri Medvedev et Vladimir Poutine. A Pékin, les manœuvres pour la succession de l’équipe en place se sont engagées et l’Union européenne, quant à elle, va devoir secourir l’Irlande après la Grèce, faire face aux difficultés de ses plans d’austérité et modifier ses traités pour y inscrire une solidarité financière entre ses membres. Une paralysie gagne le monde et ce contexte n’aidera pas Nicolas Sarkozy à lui faire prendre les grandes décisions qui s’imposeraient et grâce auxquelles il espère tant se remettre en selle.

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