Trois idées fausses sont en train de devenir, en Europe, des vérités établies. La première voudrait que les marchés soient en train de renverser des gouvernements élus et donc de bafouer la volonté populaire, la démocratie, le pouvoir du peuple, par la puissance de l’argent.

« Regardez la Grèce ! », « Regardez l’Italie ! », dit-on mais non, désolé, ce n’est pas ce qui s’y est passé. En Grèce, si le Premier ministre socialiste a du démissionner la semaine dernière, ce n’est pas sous la pression des marchés mais parce que la droite, celle-là même qui avait été responsable de l’emballement de la dette publique et du maquillage des comptes grecs, refusait de former un gouverner d’union avec lui alors que les députés les plus à gauche ne voulaient plus assumer la politique d’austérité et que la tension sociale s’aggravait de jour en jour.

Ce n’aurait pas été le cas, dira-t-on, si les marchés n’avaient pas exigé des taux d’intérêt toujours plus élevés pour prêter à la Grèce. C’est vrai. Cette crise politique était évidemment le fruit d’une crise financière mais l’objectif des investisseurs n’était pas de faire tomber un gouvernement mais de faire le maximum de profit, ce qui n’est pas beaucoup mieux mais n’est pas la même chose et ne relève pas, en un mot, d’une attaque contre la démocratie.

Pour ce qui est de l’Italie, maintenant, ce n’est pas non plus l’argent qui a fait chuter Silvio Berlusconi, l’un des siens, l’une des plus grosses fortunes d’Italie, mais le rejet national dont souffrait ce Premier ministre que ne soutenait plus qu’un Italien sur cinq. Bien avant de devoir démissionner lorsque sa majorité parlementaire s’est évaporée, Silvio Berlusconi avait perdu des élections locales et régionales en rafale parce que l’un des principaux partis de sa coalition avait rompu avec lui et que ses frasques, sa vulgarité et ses démêlés avec la Justice avaient fini par révulser ses partisans eux-mêmes. La crise financière a, là, précipité les choses car cet homme était incapable d’y faire face mais en faire une victime des marchés n’est simplement pas sérieux.

La deuxième idée fausse qui s’impose en ce moment est que la Grèce et l’Italie viendraient de placer à leur tête des financiers de l’espèce qui avait provoqué le krach de Wall Street mais là encore, non, désolé, Mario Monti, ancien commissaire européen, et Lucas Papadémos, ancien vice-président de la Banque centrale européenne, ne sont pas des joueurs de casino mais des technocrates qui, pour être l’un et l’autre libéraux, ne sont pas responsables de la crise financière. On peut rejeter leurs solutions mais leur arrivée sur la scène politique ne relève que du classique et très contestable recours à des gouvernements de techniciens et non pas de la fin de la démocratie.

Quant à la troisième idée fausse devenant vérité établie, elle est que l’Europe serait devenue allemande. On le croit parce que l’Allemagne a fait triompher une exigence de rigueur budgétaire qui n’avait d’ailleurs pas besoin d’elle pour s’imposer mais c’est bien plutôt française que l’Europe devient avec le ralliement de l’Allemagne aux idées d’harmonisation et de gouvernement économiques. La confusion politique est assez grande pour ne pas en rajouter.

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