Colère sociale et bon sens économique, c’est la plus inattendue des coalitions qui s’esquisse aujourd’hui contre les politiques d’austérité menées en Europe. Hier, en Espagne, des centaines de milliers de manifestants ont envahi les rues de Madrid et d’une centaine d’autres villes pour protester contre la brutalité des coupes budgétaires, l’envolée du chômage et les suicides auxquels ont conduit le expulsions. Une rage s’est emparée de l’Espagne en grève générale et, si c’est dans ce pays, la quatrième économie de l’Union, que les manifestations contre l’austérité ont été les plus spectaculaires, il y en eut aussi en Italie, au Portugal, moins en France mais tout de même, et en Grèce, bien sûr, au cours de ce qui aura été la première journée de mobilisation européenne contre des politiques européennes, le premier mouvement social paneuropéen contre des politiques qui ne sont plus seulement nationales mais paneuropéennes. Jamais la réalité de l’Europe politique n’aura été aussi évidente qu’hier alors même que les institutions européennes sont loin, très loin, d’être à la hauteur du mouvement syndical européen, organisateur de cette journée. Le mouvement social précède les institutions. C’est un fait majeur qui vient confirmer que c’est peut-être bien dans les luttes sociales, à la base, contre des politiques conduites dans toute l’Europe, que la dynamique d’unification politique de l’Union s’amorcera vraiment mais, si marquantes qu’aient été ces manifestations d’hier, elles n’ont pas constitué le seul tournant de cette journée. Contestées dans la rue, par bien des économistes et, plus largement encore, dans les opinions publiques, les politiques d’austérité le sont désormais par les milieux financiers. A l’heure même où les cortèges protestataires défilaient à Athènes, c’est dans cette même ville, dans la capitale de la Grèce qui n’en finit plus de s’enfoncer dans la récession, que le président de l’Institut de la finance internationale, organisation regroupant 400 des plus grandes banques du monde, a jeté une vraie bombe en lançant qu’il était « temps de reconnaître que l’austérité seule condamnait non seulement la Grèce mais aussi l’ensemble de l’Europe à la probabilité d’une ère douloureuse ». Si la récession s’accélère, « il s’agira d’une tragédie pas seulement pour la Grèce et l’Europe mais pour le monde », a poursuivi Charles Dallara en appelant de ses vœux des « solutions créatives » et « non-conformistes » qui devraient, à ses yeux, passer par une baisse des taux d’intérêt et un allongement des durées de remboursement de leurs dettes demandées aux pays les plus affaiblis. Le FMI, de son côté, vient de s’alarmer du « risque que l’austérité ne devienne socialement et politiquement intenable » en Europe du Sud et sa présidente, Mme Lagarde, prône maintenant « un peu plus de souplesse dans le tempo » de la réduction des dettes publiques. Tout se passe comme si le monde financier commençait à se rendre à l’évidence qui est qu’à trop vite réduire les dépenses et, donc, l’activité, on ne fait que diminuer les rentrées fiscales et, par là même, augmenter l’endettement au lieu de le réduire. La colère sociale et les banques disent aujourd’hui la même chose car ce n’est là que le bon sens.

L'équipe

Nous contacter
  • ICAgICAgICAgICAgPHN2ZyBjbGFzcz0iaWNvbiI+CiAgPHVzZSB4bWxuczp4bGluaz0iaHR0cDovL3d3dy53My5vcmcvMTk5OS94bGluayIgeGxpbms6aHJlZj0iI2ljb25fY29udGFjdCI+PC91c2U+Cjwvc3ZnPiAgICAgICAgICAgIENvbnRhY3QKICAgICAgICA=