Exporter plus qu’on importe est a priori le summum de la vertu économique. Cela vous assure plus de rentrées que de sorties de devises. Cela montre que votre industrie est à la pointe du progrès technologique et de la compétitivité. C’est l’enviable situation de l’Allemagne mais la Commission européenne – Bernard Maris et Dominique Seux en débattaient à l’instant sur notre antenne – n’en vient pas moins de reprocher ce succès à Berlin.

Elle ne le lui impute pas à crime, non bien sûr, mais elle a annoncé mercredi qu’elle procéderait à une étude approfondie de cet excédent commercial afin de déterminer s’il ne procède pas aussi de déséquilibres internes préjudiciables à l’ensemble de l’économie européenne. Pour elle, toute la question est de savoir si le bas niveau des salaires allemands ne pèse pas d’un poids excessif dans la capacité d’exportation de la République fédérale, n’entraine pas ainsi une faiblesse de la consommation interne et ne ralentit pas en conséquence les importations d’autres pays européens quand il ne met pas à mal leurs industries, celle du porc breton par exemple.

Le patronat et beaucoup de journaux allemands ont très mal réagi à l’ouverture de cette enquête mais la Commission a ses raisons. La première d’entre elles est qu’une économie devenue trop dépendante des exportations peut effectivement placer un pays en position de faiblesse car sa consommation intérieure ne peut alors plus compenser d’éventuelles baisses de la demande extérieure qui ne sont pas à exclure en cette période d’incertitudes de l’économie mondiale.

La Commission n’a pas tort de penser que l’Allemagne devrait aujourd’hui rééquilibrer son économie sous peine de se mettre en danger et avec elle l’ensemble de l’Union dont elle est la première puissance économique. Comme les autres Européens et beaucoup d’économistes, les Etats-Unis et le Fonds monétaire international le disent d’ailleurs aussi en faisant valoir –c’est l’autre aspect du problème- que la relance de l’économie mondiale doit passer par l’Allemagne qui est le pays le mieux placé pour la favoriser parce qu’il peut se permettre une augmentation de ses salaires, de sa consommation et de ses importations.

La deuxième raison de la Commission est qu’elle en est venue à considérer que l’Allemagne ne peut plus exiger de ses partenaires qu’ils diminuent leurs déficits et leur endettement au nom de la stabilité de l’économie européenne sans elle aussi contribuer à cette stabilité en favorisant leurs exportations. Quant à la troisième raison de la Commission, elle est avant tout politique car les Commissaires voient bien que les mesures d’austérité sont en train de mettre à mal l’Union et qu’il faut y relancer la croissance avant que l’europhobie n’y devienne majoritaire. Alors ?

Alors il n’est pas impossible que la Commission soit partiellement entendue car, dans leurs négociations avec Mme Merkel sur la formation d’une grande coalition, les sociaux-démocrates ont pour première exigence une augmentation des salaires par l’instauration d’un salaire minimum. Reste à savoir quel serait son niveau mais, sur le fond, Mme Merkel n’a guère le choix.

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