En Europe comme aux Etats-Unis, il devient difficile d’être journaliste...

Il y a plusieurs années que c’était vrai mais c’est plus vrai que jamais depuis l’élection de Donald Trump car la presse se trouve maintenant accusée, globalement parlant, de n’avoir pas su voir cette victoire arriver.

Vous n’avez pas su voir, lui dit-on, la colère, le désarroi, la rancœur des classes moyennes et des plus pauvres des Etats-Unis. Vous n’avez pas su les voir car vous appartenez, ajoute-t-on, à ces élites dont le bien-être n’est pas menacé par la globalisation alors qu’elle fait reculer le niveau de vie des autres.

C’est l’acte d’accusation qu’on entend partout dresser mais, non, désolé, il est totalement infondé.

Il l’est, d’abord, car les journalistes n’appartiennent pas aux milieux les plus favorisés. Leurs salaires ne cessent au contraire de baisser et leur profession de se précariser parce que la presse est en crise, ébranlée par le développement d’internet et mise à mal par le constant recul du nombre de ses lecteurs et de ses revenus publicitaires. Les journaux ferment ou licencient et il est tout simplement faux de présenter les journalistes comme des privilégiés alors qu’ils souffrent autant du statu quo présent que bien d’autres professions.

Peut-être, dira-t-on, mais la presse, globalement parlant, n’en ignore pas moins tant la dureté des temps présents qu’elle a ignoré la vague de fond qui a porté Donald Trump au pouvoir.

Cela est également reçu comme indiscutable mais non ! Pas du tout ! Pour peu qu’on aille regarder ce qui s’est écrit ou dit, avant cette élection, dans toute la presse américaine et européenne, on y trouvera une profusion de reportages et d’analyses sur le malaise des petits blancs américains, ses multiples causes et sa profondeur, et aucune affirmation de l’inéluctabilité d’une défaite de Donald Trump et d’une victoire d’Hillary Clinton.

L’éditorialiste que je suis n’a, au contraire, cessé, de dire que le résultat de ce scrutin était totalement incertain et je n’ai rien eu là d’original puisque c’était la tonalité générale, pleinement justifiée car Hillary Clinton a perdu en nombre de grands électeurs mais est arrivée en tête du suffrage populaire.

Ce déluge de critiques tient, en fait, à tout autre chose que ce qui est dit.

Ce qui est reproché à la presse, c’est en fait d’avoir souhaité la victoire de Mme Clinton.

Si l’on excepte Fox News et tous les media conservateurs des Etats-Unis, si l’on excepte cette force de frappe, c’est vrai. Les plus grands journaux occidentaux ne souhaitaient pas la victoire de Donald Trump mais en quoi serait-ce un crime ?

Ils le disaient, clairement, et disaient pourquoi. Ils dénonçaient, à juste titre, les mensonges et la vulgarité de ce candidat qui faisait, entre autres, des immigrés mexicains des « violeurs » et ce n’est pas parce qu’ils ont échoué à convaincre qu’ils avaient tort ni parce que Donald Trump a été élu, qu’il avait raison. Alors maintenant on verra, Il ne faut préjuger de rien et l’on a cessé de le marteler, dans cette chronique, depuis mercredi mais ce n’est pas un crime que de dire ce que l’on pense. C’est un devoir.

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