Après avoir obtenu le feu vert de son cabinet à l’accord négocié avec les 27, la première ministre britannique Theresa May va affronter dès aujourd'hui la colère des partisans du « Brexit dur » au Parlement.

La première ministre britannique Theresa May annonce mercredi 14 novembre, devant le 10 Downing Street, qu’elle a obtenu le feu vert de son cabinet à l’accord avec les 27.
La première ministre britannique Theresa May annonce mercredi 14 novembre, devant le 10 Downing Street, qu’elle a obtenu le feu vert de son cabinet à l’accord avec les 27. © AFP / Ben STANSALL / AFP

Elle y est arrivée à l’arraché : la première ministre britannique a finalement obtenu hier soir le feu vert de son gouvernement à l’accord complexe conclu avec les 27. Un soutien ni unanime, ni enthousiaste, mais qui lui permet de franchir la première étape de ce qui ressemble à un parcours du combattant, jusqu’au divorce partiel entre le Royaume Uni et l’Union européenne, qui entrera en vigueur le 29 mars prochain

La deuxième étape commence dès aujourd’hui aux Communes, le Parlement britannique, et elle sera beaucoup plus houleuse, dans un climat qui vire à la crise de nerfs nationale. C’est difficile à réaliser car en France et dans le reste de l’Europe, le sujet a cessé depuis longtemps de passionner ou même d’inquiéter.

Mais chez nos voisins d’outre-Manche, c’est un débat non-stop, fratricide et passionné, comme un match que l’on rejouerait pendant deux ans à la télévision pour savoir comment ne pas le perdre. Conservateurs ou Travaillistes, chaque famille politique est coupée en deux ou trois, entre pro et anti Brexit, entre pro-Accord avec les 27 et partisans d’un Brexit dur, un saut dans l’inconnu.

Il y a plusieurs facteurs qui s’entremêlent pour brouiller les débats britanniques. 

D’abord, il faut revenir sur le vote, qui a vu deux des quatre composantes du Royaume Uni -l’Ecosse et l’Irlande du Nord- voter majoritairement pour rester dans l’Union européenne, tout comme la capitale, Londres. C’est surtout le reste de l’Angleterre, les oubliés de la mondialisation, qui ont fait pencher la balance pour rompre les amarres avec l’Europe. Ce clivage n’a pas disparu, au contraire.

Ensuite, la complexité du divorce n’avait pas été prévue, car personne n’imaginait la victoire des partisans du Brexit, pas même ses promoteurs. Ils se retrouvent aujourd’hui avec une situation dans laquelle il n’y a pas de bonne solution.

Les divisions politiques et les ambitions personnelles ont fait le reste, pour transformer le Brexit en un cauchemar sans fin.

Pour contourner l'obstacle le plus complexe, la question de la frontière irlandaise, la Première ministre propose que, pendant une période intérimaire, le Royaume Uni tout entier reste dans l’Union douanière européenne : cette solution permet d’éviter de séparer l’Irlande du Nord du reste du pays. 

Mais ce compromis signifie que, dans les faits, le Royaume Uni sera toujours tenu de suivre les règles européennes. Et il sera dans l’incapacité de négocier les accords de libre-échange avec les États-Unis ou la Chine promis par les partisans du Brexit.

Pour les Brexiteurs, c’est évidemment une « trahison » inacceptable et ils feront tout pour détruire l’accord. Que se passera si le texte négocié avec tant de peine avec les 27 est rejeté aux Communes ? Hier, un chroniqueur politique de la BBC évoquait le risque d’« implosion politique » à Londres. 

Le Brexit était censé rendre aux Britanniques le contrôle de leur destin; il les a en fait affaiblis, à l’intérieur comme à l’extérieur du Royaume.

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