Que se passe-t-il ? Que s’est-il passé pour qu’aux grands rêves de paix et de concorde qu’avaient fait naître la fin du communisme et de l’affrontement Est-Ouest aient succédé les guerres yougosl aves, le génocide du Rwanda, les carnages islamistes, la cassure israélo-palestinienne – ces flots de haine et de sang qui semblent annoncer pire encore ? La première raison de ce chaos est qu’il n’est pas neuf. Il nous paraît nouveau car la Guerre froide l’avait masqué, qu’elle avait ordonné deux camps dont les capacités de destruction menaçaient le monde d’un tel anéantissement que tous les autres conflits étaient considérés comme « périphériques », vite éteints par l’une ou l’autre des superpuissances ou simplement oubliés. « L’équilibre de la terreur » fut une réalité, pas seulement un concept stratégique, mais sous la banquise couvait le feu, l’ébranlement des frontières coloniales en Afrique et au Proche-Orient, au Rwanda comme au Koweït ; l’approfondissement de l’écart entre pays riches et pays pauvres ; le face-à-face asiatique entre l’Hindouisme et l’Islam ; le ressentiment du monde arabe contre l’Occident ; la montée de la Chine et les craintes qu’elle suscite; la rivalité feutrée mais croissante de l’Europe et des Etats-Unis. Tout cela, et tant d’autres tensions nouvelles et anciennes, était là dans les années quatre-vingt et l’URSS, en s’écroulant trop vite, a crée un appel d’air, attisé le feu qui brûle aujourd’hui. C’est la deuxième raison de ce chaos montant. La Russie n’est pas sortie du communisme par la réforme, comme l’avait désespérément espéré Mikhaïl Gorbatchev. Elle en est sortie par la révolution, du jour au lendemain, dans un séisme qui a, d’un coup, modifié les cartes de l’Europe et de l’Asie, réveillé les nationalismes, mis à bas des systèmes d’alliance, grands et petits, enivré les islamistes qui croient avoir abattu le communisme en Afghanistan et pensent, maintenant, faire de même avec l’Amérique. Loin de sonner la fin de l’Histoire, l'écroulement communiste a sonné son réveil. Comme l’Europe pendant de si longs siècles, comme l’Europe dans tant de guerres, le monde cherche ses nouveau rapports de force et les cherche autour des Etats-Unis, avec eux ou contre eux, mais toujours par rapport à cette puissance dominante, la seule, qui concentre tout, la richesse et la force, la haine, l’admiration, l’envie, toutes les passions en même temps. C’est la troisième raison de cet état du monde. L’Amérique est trop forte, trop seule à pouvoir, si forte que cette totale suprématie la conduit à la fois à s’illusionner sur ca capacité à régenter le monde et à vouloir tout contrôler par peur des autres, de l’hostilité que nourrit sa puissance. Pour l’Amérique aussi tout est allé trop vite. Faute de précédent dont s’inspirer, elle cherche, patauge, naïve et dominatrice, inquiète et guerrière, oubliant que plus on est fort, plus il vous faut d’alliés, plus il vous faut lâcher du lest, laisser du pouvoir aux autres, composer sur l’accessoire pour préserver l’essentiel. Elle ne sait pas comment faire car aucun pays, jamais, n’a connu cette situation.

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