L’empêchement était réel. Gerhard Schröder doit impérativement être à Berlin, vendredi, pour y défendre un projet de réformes sociales devant les députés allemands. Il ne pouvait donc pas participer à la seconde journée du sommet européen qui s’ouvre demain à Bruxelles mais s’il a choisi de ne pas s’y faire représenter par l’un de ses ministres mais par un chef d’Etat étranger, par Jacques Chirac, Président de la République française, ce n’est pas par hasard. C’est un geste, un geste très fort tant il est inhabituel, qui non seulement reflète l’exceptionnel niveau de connivence politique atteint par la France et l’Allemagne mais vise aussi, surtout, à le faire voir à l’Europe et au monde. Il n’y a pas aujourd’hui de dossier sur lequel Paris et Berlin ne convergent pas. Français et Allemands ne sont pas seulement d’accord sur l’Irak. Ils le sont également, sur la nécessité de ne pas casser les espoirs de reprise par une interprétation mécanique du Pacte de stabilité et sur le besoin de relancer la croissance européenne par des investissements communs, de l’ensemble de l’Union, dans les infrastructures et la recherche. Ils le sont également dans le domaine institutionnel où ils défendent, coude à coude, le projet de Constitution européenne, fruit du compromis qu’ils ont passé, en janvier dernier, entre les convictions fédérales de l’Allemagne et l’Europe des nations, prônée par la France. Cela fait déjà beaucoup mais si Gerhard Schröder le social-démocrate et Jacques Chirac le gaulliste, si ces gouvernements de droite et de gauche se retrouvent, en plus, sur la défense européenne, dans l’opposition de principe aux dérives unilatéralistes des Etats-Unis et dans leur volonté commune de conserver un rôle primordial à l’Onu, c’est que tout pousse au rapprochement de ces deux pays. En politique étrangère, la France a désormais compris qu’elle ne pouvait plus exister sur la scène internationale autrement qu’en pesant dans l’Europe et cette évolution est arrivée à terme au moment même où l’Allemagne unifiée aspire à retrouver une place à sa hauteur dans le concert des nations. Troisième puissance économique mondiale, l’Allemagne veut se faire entendre dans le monde mais n’imagine pas le faire seule, en dehors de l’Europe. La France, elle, ne voit plus comment le faire sans l’Europe et l’Union européenne est ainsi devenue, pour l’une et l’autre, la pierre angulaire de leur diplomatie. Ce n’est pas tout. Deuxième puissance économique du monde à elles deux, l’Allemagne et la France restent très majoritairement et profondément attachées au modèle social européen, au dialogue entre le Capital et le Travail arbitré par l’Etat, instrument de redistribution et d’organisation du long terme. La droite française y est attachée comme la gauche allemande, la droite allemande comme la gauche française. Il y a une culture politique commune à ces deux pays, une entente naturelle et spontanée, et c’est cette réalité, cette absolue concordance de vue, que Gerhard Schröder et Jacques Chirac ont voulu rappeler aux Etats-Unis et aux autres Européens en montrant que l’un pouvait se substituer à l’autre, sans problème, comme représentant des deux pays.

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