Ce ne sera pas un Conseil comme les autres. D’ordinaire, les réunions des 27 chefs d’Etat et de gouvernements de l’Union sont préparées à 27, par les ministres des Affaires étrangères et, surtout, par les représentants permanents à Bruxelles des pays membres, diplomates aguerris et rompus à l’art du compromis. D’ordinaire, les réunions du Conseil européen procèdent d’une longue élaboration collective, faite de concessions réciproques, mais celui qui s’ouvre aujourd’hui sera tout différent, et sans précédent. Loin, bien loin, d’un projet de déclaration préparé à 27, le texte qui lui sera soumis a déjà été adopté et, même, mis en pratique, par un sous-ensemble de l’Union, par ces quinze pays de l’euro qui ont défini, dimanche, la réponse de l’Europe à la crise financière en prenant les mesures que l’on sait. Très libéraux, donc horrifiés par ce retour à l’interventionnisme et ces prises de participation des Etats au capital des banques, les Tchèques grommellent. Ils agitent vaguement la menace d’un blocage mais on les voit mal s’opposer, vraiment, à l’administration d’une médecine qui donne, depuis lundi, ses résultats. Les mesures prises par l’eurogroupe vont devenir celles de l’Union. L’un dans l’autre, les 27 vont les entériner et c’est un nouveau fonctionnement de l’Union européenne qui vient ainsi de s’inventer à chaud. Ce précédent n’est bien sûr pas théorisé car cela déclencherait aussitôt une furie de querelles byzantines et de portes claquées, rappels aux traités et protestations nationales, mais les faits sont, pourtant, là. En dix semaines, sous présidence française, autant en raison des événements que du tempérament de Nicolas Sarkozy, ce nouveau fonctionnement s’est rodé. Avant même ce dernier épisode, le président français n’avait attendu aucun feu vert pour se ruer à Moscou et Tbilissi et y négocier, en tant que président de l’Union, un plan de sortie de crise en six points qu’un Conseil extraordinaire avait ensuite ratifié. Il y a dix jours, avant une réunion du G-7, un sommet improvisé par Nicolas Sarkozy avait, de même, réuni les quatre pays européens qui en sont membres, le G-4, afin de mettre au point la position qu’ils y défendraient, au nom de l’Union. A chaque fois, l’urgence était réelle. C’est elle qui a fait passer la pilule mais, en réalité, ce sont les mieux placés pour prendre l’initiative qui l’ont prise, en locomotives de l’Union. Avec ses liens historiques – gaullistes – avec la Russie, la France était à même d’éteindre l’incendie caucasien et de préserver l’avenir des relations entre la Fédération de Russie et l’Union européenne. Le G-4 s’imposait pour préparer le G-7. L’eurogroupe était, évidemment, l’instrument privilégié d’une intervention de l’Europe dans la crise financière. Tout cela a plutôt bien marché et la pratique vient ainsi de confirmer la justesse de la vieille idée selon laquelle c’est à ceux qui peuvent et veulent « aller plus loin, plus vite » d’être, au coup par coup, l’avant-garde de l’Union. Ce n’est ni l’Europe des nations, ni le couple franco-allemand, ni les cercles constitués, ni la décision à 27. C’est du neuf, un pragmatisme qui fait ses preuves et pourrait bien changer les choses.

L'équipe

Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.