Les grandes puissances ne savent décidément pas qu’en penser. « Y croire ou ne pas y croire ? », se demande-t-on dans toutes leurs capitales depuis que l’Iran a soudainement proposé, le 1er octobre, à Genève, non seulement d’ouvrir son site nucléaire secret de Qom aux inspecteurs de l’Agence internationale pour l’énergie atomique mais aussi de confier l’enrichissement de son uranium à la Russie et à la France qui le conditionneraient pour un usage non pas militaire mais civil. Cela semble un peu trop beau pour être vrai mais, en même temps… Peut-être, puisqu’il y a, aussi, des raisons d’y croire. Bref, on ne sait pas et, dans l’attente des réunions prévues entre experts des deux parties et, surtout, du prochain rendez-vous de Genève, à la fin du mois, le Financial Times a publié, hier, un article à ne pas manquer. Signé par Richard Haas, président du très influent Council on foreign relations de New York et ancien haut responsable du département d’Etat sous Georges Bush, cet article balaie d’emblée toute possibilité de frappe contre les sites iraniens au cas où Téhéran n’aurait pris que de faux engagements, destinés à gagner du temps. Cela ne ferait que retarder, au mieux, le programme iranien, explique-t-il. On ne peut frapper que ce qui est connu, ajoute-t-il. Des frappes, dit-il enfin, susciteraident de sévères représailles iraniennes en Irak et en Afghanistan et tripleraient, dans l’heure, le prix du baril de pétrole, ce qui mettrait immédiatement fin à la relance de l’économie mondiale. Ce constat fait, Richard Haas, ancien disciple d’Henry Kissinger, suggère une stratégie pour le cas où les Iraniens ne tiendraient pas leurs nouveaux engagements. Il faudrait, écrit-il, « vivre avec le programme iranien » non pas vivre bras croisés mais en y répondant par l’organisation d’une dissuasion et l’imposition de sanctions économiques susceptibles de mettre en difficultés les actuels dirigeants iraniens sur leur scène intérieure. La dissuasion, d’abord, consisterait, d’une part, à faire savoir à l’Iran que tout usage d’armes nucléaires, fourniture de matériels nucléaires à des groupes terroristes et mise en alerte de ses éventuelles forces nucléaires provoquerait une réponse « dévastatrice » et, d’autre part, à installer des systèmes de défense anti-missiles sur le territoire des voisins de l’Iran et à leur offrir des garanties de sécurité afin qu’ils ne se dotent pas, à leur tour, de la bombe. Quant aux sanctions telles que les propose Richard Haas, elles devraient s’accompagner, dit-il, d’explications données à la population iranienne pour lui faire valoir qu’on ne lui dénie pas le droit au nucléaire civil mais militaire et qu’elle pourrait bénéficier d’un bien meilleur niveau de vie sans ce programme atomique. Clairement exprimée, l’idée est que cette bataille politique, une bataille de propagande, pourrait conduire, à terme, à l’arrivée au pouvoir d’une coalition « plus raisonnable » de religieux, de réformateurs et d’officiers de l’armée nationale avec laquelle il serait possible d’être plus à l’aise, même si elle conservait l’option nucléaire. Les Etats-Unis se préparent, au cas où.

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