Les attentats du 11 septembre avaient un objectif politique. En allant frapper l’Amérique en plein cœur de Manhattan, Oussama ben Laden et ses disciples d’al Qaëda voulaient créer une telle tension entre l’Occident et l’Islam qu’il en résulte une guerre des civilisations dont ils ne doutaient pas un instant qu’elle serait gagnée par le monde islamique, plus jeune, plus pauvre et, donc, plus prêt à affronter la mort. Par ces attentats, les islamistes voulaient faire perdre la raison aux Occidentaux et force est de constater, aujourd’hui, que leur calcul n’était pas malheureusement totalement pas absurde. Il y eut, d’abord, l’aventure irakienne de Georges Bush dont les deux seuls résultats ont été de considérablement accroître l’influence de l’Iran chiite au Proche-Orient en mettant les chiites irakiens aux commandes de leur pays et de détourner d’Afghanistan les forces et les moyens qui y auraient été nécessaires pour que les taliban en soient éliminés. L’Europe, l’Amérique et, surtout, cette immense part de l’islam qui aspire au progrès économique et politique n’ont pas fini de payer le prix de cette erreur mais ce n’est pas tout. Il y eut, ensuite, cette montée du rejet de la candidature turque dans les opinions européennes qui ne veulent clairement plus qu’un pays musulman puisse faire partie de l’Union car, entre les attentats du 11 septembre et tous ceux qui ont suivi, l’islam leur fait peur. Au lieu d’entrer en Turquie, de s'allier à une démocratie musulmane qui voulait partager ses valeurs et d’isoler, ainsi, les islamistes en montrant la voie de la démocratie à l’ensemble du monde musulman, l’Europe a claqué sa porte au nez des Turcs qui jouent, désormais, la carte d’un rapprochement avec l’Iran et d’une radicalisation de leur diplomatie grâce à laquelle leurs industries, en plein boom, raflent les marchés au Proche-Orient et en Asie centrale. On peut débattre à l’infini de la candidature turque mais le fait est que l’Europe s’est tirée, là, dans le pied, à cause de cette peur et de ce rejet qu’al Qaëda avait délibérément voulu susciter et vient, maintenant, la troisième erreur, la plus inquiétante à terme. Hier, les Néerlandais se sont donné un gouvernement classiquement conservateur, minoritaire et soutenu par une nouvelle extrême-droite dont le programme est tout entier dévolu au rejet des musulmans, étrangers ou néerlandais. Ce qui eut été inconcevable il y a dix ans ne l’est plus et reflète, qui plus est, une évolution de fond dans toute l’Europe où l’islamophobie est devenue telle qu’un peu partout des partis se développent sur ce fond de commerce et que plus de 58% des Allemands estiment, aujourd’hui, qu’il faut réduire la pratique du culte musulman dans leur pays. L’horreur inspirée par les attentats islamistes n’est, bien sûr, pas seule en cause. La crise, le chômage et le rejet consécutif de toute immigration sont venus à la rescousse d’al Qaëda mais, l’un dans l’autre, la situation qui s’est créée n’est pas que détestable. Elle est aussi dangereuse car l’intérêt de l’Europe n’est certainement pas de serrer les rangs musulmans derrière les islamistes en oubliant que les échecs de l’intégration sont infiniment moins nombreux que ses réussites qu’il serait grand temps de ne plus ignorer.

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