Peut-être faudra-t-il, un jour, parler de la Belgique au passé, comme de la Yougoslavie, de l’Autriche-Hongrie ou de l’empire ottoman. Ce n’est pas fait. Ce n’est pas joué, loin d’être certain, mais le fait est que les indépendantistes flamands, leur chef de file, Bart De Wever, et leur parti, la Nouvelle Alliance flamande, le N-VA, ont fait hier un grand pas vers ce qu’ils appellent « l’évaporation » du royaume, autrement dit son autodissolution graduelle.

Avec près de 38% des voix, ils se sont largement imposés comme le premier parti d’Anvers et devraient ainsi prendre les commandes de la ville la plus peuplée du pays, riche à la fois d’un port qui compte parmi les plus grands du monde, de l’industrie du diamant et, depuis la fin du siècle dernier, de la force et de l’inventivité de ses créateurs de mode. Anvers est une ville phare et ces élections municipales belges ont, parallèlement, vu les indépendantistes s’enraciner dans pratiquement toutes les municipalités de la Flandre avec des scores allant de 20 à 30% des suffrages.

Ce ne sont que des municipales, dira-t-on, des élections qui laissent plus facilement le champ libre que des législatives à l’expression d’un radicalisme protestataire. C’est ce qu’a immédiatement souligné le premier ministre Elio di Rupo mais, outre que les élections locales annoncent souvent des mouvements de fond, le N-VA de Bart de Wever est passé de 3% des voix en 2003 à 28% aux législatives de 2010, soit une progression de 25% en sept ans.

L’indépendantisme du N-VA est devenu si incontournable qu’il avait ensuite fallu plus d’un an au royaume pour parvenir à former un gouvernement de coalition entre les gauches et les droites modérées des deux Belgique. Bart de Wever a su surfer depuis sur les difficultés de ce gouvernement à rétablir les compts publics pour faire de son parti le premier parti de la Flandre dont les électeurs ont visiblement entendu l’appel qu’il leur avait lancé samedi : « Nous en avons assez d’être pris pour des vaches à lait ! »

Venu de l’extrême-droite dont il reste proche, cet indépendantisme a de profondes racines puisqu’il est à la fois le fruit d’un ressentiment historique et d’un égoïsme économique. Les Flamands n’ont pas oublié l’époque où les Wallons les regardaient comme des paysans attardés qui n’avaient pas su s’insérer dans la révolution industrielle de la fin du 19ième. Longtemps, les Flamands avaient été les pauvres, les péquenots, tandis que les Wallons étaient les riches, bourgeois, urbains et cultivés. Ce sont des choses qui ne s’oublient pas et maintenant que la désindustrialisation a inversé les choses, que l’argent est au Nord et la crise au Sud, les Flamands ne veulent plus payer pour ces assistés que les Wallons sont devenus à leurs yeux.

Au pied du mur, la Flandre finira peut-être par ne pas vouloir enterrer la Belgique. Peut-être, mais la Catalogne veut aussi se séparer de Madrid parce qu’elle est plus riche que l’Espagne et le confédéralisme que réclame maintenant le N-VA n’est pour lui qu’une étape vers l’indépendance pure et simple.

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