Les élections du Land de Bavière dimanche ont vu la CSU, l'alliée bavaroise de la coalition au pouvoir à Berlin, perdre sa majorité absolue, au profit non pas tant de l'extrême droite qui ne progresse pas par rapport à l'an dernier, mais des Verts qui doublent leur score, et d'une formation indépendante. Analyse.

Les co-leaders des Verts en Bavière, Katharina Schultze et Ludwig Hartmann, célèbrent leur victoire, dimanche soir à Munich.
Les co-leaders des Verts en Bavière, Katharina Schultze et Ludwig Hartmann, célèbrent leur victoire, dimanche soir à Munich. © AFP / Christof STACHE / AFP

D’élection en élection à travers l’Europe, on ne s’intéresse plus, depuis quelques temps, qu’à un seul indicateur : le score des partis populistes et d’extrême droite. Le scrutin qui s’est déroulé hier en Bavière montre que les électeurs peuvent choisir lorsqu’ils ont de véritables choix.

Cette élection, dans un Etat qui représente 1/6ème des électeurs allemands, était attendue comme un test politique majeur dans un climat de fragilité de la coalition nationale dirigée par la Chancelière Angela Merkel.

Cette fragilité n’en sera que renforcée, car la grande leçon du scrutin est une nouvelle fois la fragmentation du vote. Les partis politiques historiques, aujourd’hui regroupés dans la grande coalition de Mme Merkel, sont en perte de vitesse. Une recomposition politique qui ne se produit pas qu’en Allemagne, mais dans une bonne partie de l’Europe.

Les voix perdues par les partis traditionnels se retrouvent dans des formations plus jeunes. Comme le parti d’extrême droite AFD, l’Alternative für Deutschland, qui avait créé la surprise l’an dernier en faisant son entrée en force au Bundestag ; mais l’AFD subit un échec relatif, avec un score de 11%, inférieur à celui des législatives dans la même région.

En revanche, les Verts, plus anciens, ont doublé leur score pour devenir à 18% le deuxième parti de Bavière. Enfin, le Parti des électeurs libres, une formation conservatrice fondée en 2009 sur des enjeux plus locaux, récupère aussi une partie des déçus de la CSU.

La débâcle de la CSU est exemplaire. Cette formation conservatrice domine son Etat depuis des décennies. Avec 37% des voix elle enregistre son plus mauvais score depuis 1950 et perd sa majorité.

Elle paye ici ses jeux politiques à l’ancienne. La percée de l’AFD l’an dernier a semé la panique chez ses dirigeants qui ont donné un coup de barre à droite, et ont voulu faire porter le chapeau de la crise migratoire à Angela Merkel, pourtant leur alliée à Berlin.

Les électeurs n’ont pas marché : une partie a effectivement rallié l’AFD ou les électeurs libres ; mais, plus surprenant, d’autres, en plus grand nombre encore, se sont tourné vers les Verts, dirigés, il est vrai, en Bavière par l’aile dite « réaliste » du parti, et par une jeune femme de 33 ans, Katharina Schultze. Les Verts ont aussi bénéficié de la baisse continue du SPD social-démocrate, tombé hier sous la barre des 10%, une humiliation.

En France et en Italie aussi, les partis traditionnels se sont effondrés, mais les situations diffèrent : dans un cas c’est Emmanuel Macron qui en a bénéficié, alors qu’en Italie ce sont les populistes et l’extrême droite qui sont aujourd’hui au pouvoir.

Le succès des Verts en Bavière, mais aussi hier aux élections générales au Luxembourg et aux municipales en Belgique, vient en tous cas prouver que la dérive vers l’extrême droite n’est pas une fatalité. La question est plutôt de faire émerger des offres politiques alternatives crédibles, face aux vieux partis fatigués, ou aux démagogues.

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