Moscou est furieux après la décision des « 27 » d’imposer des sanctions à l’entourage de Vladimir Poutine pour la tentative d’assassinat de l’opposant Alexei Navalny.

L’arrivée d’Alexei Navalny dans le coma, le 22 août, en Allemagne, après un empoisonnement en Russie, a déclenché une crise dont l’épilogue sont des sanctions européennes contre six personnalités russes.
L’arrivée d’Alexei Navalny dans le coma, le 22 août, en Allemagne, après un empoisonnement en Russie, a déclenché une crise dont l’épilogue sont des sanctions européennes contre six personnalités russes. © AFP / Odd ANDERSEN / AFP

Le chef de la diplomatie russe, Sergei Lavrov, a tiré le premier, avant même que le détail des sanctions européennes ne soit connu : « si L’Europe ne respecte pas la Russie, a-t-il dit, Moscou mettra fin au dialogue avec elle ».

Ce qui met en colère Moscou, c’est la liste des sanctions que les « 27 » ont approuvée en réaction à la tentative d’empoisonnement de l’opposant russe Alexei Navalny au Novitchok, ce produit chimique qui porte la signature de l’État russe. Les sanctions visent six personnalités de l’entourage immédiat de Vladimir Poutine, qui ne pourront plus voyager en Europe et leurs avoirs seront gelés.

Les sanctions ont été adoptées en un temps record après la confirmation par des laboratoires allemand, français, suédois et de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques, qu’il s’agissait bien de Novitchok.

Ces mesures ont bien sûr une portée limitée, mais le geste est d’abord politique, et c’est bien comme ça que Moscou l’a reçu.

Ce sens politique tient dans l’embryon de posture stratégique que l’Union européenne est en train d’adopter. Ca fait longtemps qu’on en parle, et ça fait longtemps, aussi, que l’Europe souffre de ses contradictions. Le monde n’est pas le même vu de Vilnius, d’Athènes ou de Paris, et cette géographie politique semblait insurmontable.

Or voilà que l’ensemble européen est bousculé en même temps par deux puissances ambitieuses à ses portes, la Russie et la Turquie, toutes deux dirigées par des « hommes forts » qui ne respectent pas les règles du jeu. 

Ce double défi aura permis aux Européens de se trouver des positions communes, car ceux qui, par exemple, reprochaient à la France d’être trop dure avec la Turquie, étaient les mêmes qui l’accusaient d’être soft avec la Russie. Aujourd’hui, les 27 parviennent, non sans mal, à parler d’une seule voix sur la Russie avec l’affaire Navalny ou sur la Biélorussie, ou sur la Turquie avec ses provocations qui reprennent en Mer Égée.

On est encore loin d’une politique étrangère commune, objectif lointain, et sans doute impossible en réalité. Mais les 27 tentent de forger une culture du travail en commun et du compromis sur des sujets qui étaient jusque-là à forte dominante nationale.

Il y a les réactions à chaud comme l’affaire Navalny, et il fallait d’abord une entente franco-allemande avant de pouvoir espérer un accord à « 27 », ce qui fut fait sans trop de mal. 

Et il y a les sujets de fond comme la relation entre l’Europe et la Chine, qui s’est imposée en tête de l’agenda commun, là où une partie de l’Europe avait déjà cédé aux sirènes de Pékin, l’Allemagne avait des intérêts de gros pays exportateur, et la concurrence l’emportait sur le reste. L’attitude de Pékin a aidé les Européens à comprendre qu’il leur fallait discuter de bloc à bloc, car avec la Chine tout est question de rapport de force.

Il aura fallu pour en arriver là l’émergence d’un monde de plus en plus brutal, et une administration Trump qui tourne le dos à ses alliés. Ce n’est encore qu’un frémissement, mais qui suffit à rendre optimistes ceux qui ont traversé les contradictions et les écueils d’avant.

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