Il n’y a pas de vrais bilans quotidiens tant les combats sont éclatés. On sait seulement que le nombre des Irakiens tués depuis le début de cette guerre est infiniment supérieur au millier de victimes américaines mais ces soixante-dix morts recensés dans la seule journée d’hier constituent une sorte de record. « La situation est grave et ne s’améliore pas », avait estimé la veille Jacques Chirac. On ne saurait, malheureusement, mieux dire mais elle si grave que Francis Fukuyama, l’une des têtes pensantes du conservatisme américain, l’auteur de « La Fin de l’Histoire », l’un des ces hommes qui avaient cru voir la paix américaine s’instaurer dans le monde après l’effondrement soviétique, parlait, hier, dans le Financial Times, d’un « échec qui va grandement retreindre les futurs choix politiques des Etats-Unis ». « La vision de l’équipe Bush est simple », écrivait-il en rappelant qu’il s’agit pour elle d’appuyer le gouvernement intérimaire irakien en le dotant de forces armées, de faire élire, en janvier prochain, une Assemblée constituante et de bénir, ensuite, la démocratie irakienne qui sortirait des élections législatives organisées dans les douze mois suivants. Simple en effet, « straighforward, dit-il avec une douloureuse ironie, mais « quiconque penserait que ce scénario se réalisera, poursuit-il, vit dans un monde imaginaire ». Rien de ce qui est aujourd’hui envisagé par la Maison-Blanche ne se produira, explique-t-il en substance, car les milices de toute obédience se multiplient dans les trois Irak, chiite, sunnite et kurde, que le gouvernement intérimaire fait face à la double insurrection des combattants chiites de Moqtada Sadr et de la région sunnite de Falloujah, devenue un bastion du terrorisme islamiste, et que les attentats frappent en priorité, comme celui d’hier, les centres de recrutement des forces irakiennes. Tant que les milices ne se rangeront pas derrière le gouvernement intérimaire, il ne pourra pas s’affirmer, conclue Francis Fukuyama, mais elles ne le feront pas tant qu’il ne pourra pas leur offrir une perspective à laquelle elles adhèrent. Alors quoi ? Eh bien rien, rien de solide et crédible en vue, répond-il, car pour maintenir l’unité irakienne, Georges Bush devrait recourir à une mobilisation déguisée des réservistes et de la Garde nationale, de gens qui votent républicain, et qu’une partition de l’Irak, la « solution du désespoir », dit-il, conduirait à un bain de sang et à des ingérences des pays voisins, Iran et Turquie en tête. « Il est inévitable, en vient donc à écrire le penseur de la droite américaine, que le prochain Président soit conduit à envisage une stratégie de sortie même si cela implique d’en rabattre sur les ambitions de l’Amérique ». L’Amérique s’embourbe. Ce n’est pas une bonne nouvelle. La Russie galope vers la dictature et la France, le pays qui avait su prédire, dès le début, ce fiasco irakien, le pays qui serait en situation de rassembler l’Europe, se perd dans les 35 heures, M. Sarkozy, M. Fabius et autres grands débats. Empêtrée dans ses querelles locales, la France se met aux abonnés absents au moment où l’on aurait tant besoin de l’entendre.

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