A qui confier la succession de Kofi Annan ? Lorsque les dirigeants du monde se retrouveront, la semaine prochaine, à New York, pour l’Assemblée générale de l’Onu, les sujets ne leur manqueront pas, toutes les crises en cours, l’Iran en tête, mais le remplacement du Secrétaire général, appelé à partir le 31 décembre à l’issue de son second mandat, occupera bien des débats – aussi. Depuis que les Etats-Unis se sont embourbés en Irak et que la guerre du Liban a montré qu’ils ne pouvaient décidément pas résoudre seuls tous les problèmes du monde, l’Onu a en effet retrouvé, même à Washington, une place tellement essentielle que la personnalité de son prochain Secrétaire général sera fondamentale. Normalement, c’est à un Asiatique que le poste devrait revenir car une règle non écrite veut qu’il y ait rotation des continents. Après le Ghanéen Kofi Annan, cinq Asiatiques sont donc en lice et deux d’entre eux se sont détachés du lot, hier, au cours d’un vote indicatif du Conseil de sécurité : le ministre sud-coréen des Affaires étrangères, Ban Ki-Moon, 62 ans, et, derrière lui, l’Indien Shashi Tharoor, 50 ans, secrétaire général adjoint de l’Onu chargé de l’information. Ban Ki-Moon a l’avantage de venir d’un pays dynamique, très riche, et, en même temps, assez modeste et sans ennemis pour que sa candidature ne fasse d’ombre à personne, sauf, peut-être, et encore, au Japon avec lequel la Corée du Sud a de relations difficiles. Cela explique sa première place mais, revers de la médaille, l’homme a peu d’expérience des grands dossiers internationaux et ne parle pas français, ce qu’on n’aime pas à Paris dont la voix pèse au Conseil de sécurité. Pour Shashi Tharoor, l’Indien, c’est exactement l’inverse. Il est aussi à l’aise en français qu’en anglais, brillant, séduisant, rapide, connaissant le monde et l’Onu comme sa poche. Il vient d’un pays pratiquement aussi peuplé que la Chine, l’une des superpuissances de demain que tout le monde courtise, notamment la France et les Etats-Unis. Le poste devrait lui être acquis. Ce serait une excellente chose, notamment pour la France, mais si l’Asie ne l’a pas déjà plébiscité c’est, précisément, parce que l’Inde est trop grande pour que ses voisins aient envie de la distinguer encore en lui faisant un tel honneur. Alors le monde observe et si l’Asie ne fait pas son unité derrière Shashi Tharoor ou l’ambassadeur de Jordanie à l’Onu, Zeid Ra’ad Zeid Al-Hussein, l’Europe pourrait sortir du bois. Colonne vertébrale de la force d’intervention au Liban, elle vient de faire son retour au Proche-Orient. Beaucoup aimeraient la voir s’affirmer plus sur la scène internationale et elle aurait un candidat, l’Espagnol Javier Solana, le chef de sa diplomatie, aussi apprécié dans l’Union qu’en Amérique latine, dans le monde arabe qu’aux Etats-Unis. L’Europe a son joker.

L'équipe
Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.