On ne peut pas le déplorer. Dans une période où, partout, le mur se fissure entre l’argent et la politique, où la corruption se répand et régressent les règles éthiques, on ne saurait déplorer que la police et la justice israéliennes aient acculé un Premier ministre à la démission. Pour avoir trop aimé la bonne vie, cigares et grands hôtels, pour avoir financé des campagnes électorales avec des appuis financiers que la loi lui interdisait, Ehud Olmert aura démissionné après-demain, mercredi, jour où son parti, Kadima, la principale formation de la coalition de centre-gauche qui gouverne, aujourd’hui, Israël se choisira un nouveau chef. La morale triomphe. C’est très bien ainsi mais, pour ce qui est de la paix, elle risque d’en souffrir. Si les sondages ne se trompent pas, c’est Tzipi Livni, 50 ans, la ministre des affaires étrangères, que les militants de Kadima devraient porter à leur tête. Venue de la droite, passée au centre, ancienne des services secrets israéliens, énergique et volontaire, très populaire, Mme Livni est devenue, depuis ces dernières années, un partisan déclaré d’un accord avec les Palestiniens et de la coexistence de deux Etats. Si elle devenait la deuxième femme, après Golda Meïr, à diriger Israël, il n’y aurait pas de raison de s’inquiéter, bien au contraire, mais le problème est qu’il ne lui suffira pas d’arriver aux commandes de son parti pour prendre celles de son pays. En admettant même que les sondages ne se trompent pas et qu’elle soit, donc, chargée de former un nouveau gouvernement, encore faudrait-il qu’elle parvienne à reconduire la coalition sortante. Ce n’est pas impossible mais loin d’être joué pour deux raisons. La première est qu’il n’est pas du tout certain que l’unité de Kadima se maintienne car ce tout jeune parti, formé par Ariel Sharon lorsqu’il avait décidé d’évacuer Gaza et de rompre avec la droite, est extraordinairement hétéroclite et fragile, traversé de courants contraires, les uns pacifistes, les autres encore très proches du Likoud, leur formation d’origine. Kadima va connaître un moment de vérité et, même s’il le passe, restera un second problème pour Tzipi Livni, plus redoutable encore, le Shas, troisième partenaire, avec les Travaillistes, de la coalition sortante et qui pourrait choisir de changer de camp en s’alliant avec la droite. Si c’était le cas, Israël irait à des élections anticipées. Ehud Olmert serait chargé d’expédier les affaires courantes et une coalition de droite, conduite par l’ancien Premier ministre Benjamin Netanyahu, pourrait profiter de l’éclatement du centre-gauche pour remporter la majorité au début de l’année prochaine. Dans cette hypothèse, non négligeable, les deux grandes négociations ouvertes par Ehud Olmert, les pourparlers directs avec les Palestiniens et indirects avec la Syrie, seraient l’une et l’autre compromises. On n’en est pas encore là. Mme Livni n’a pas déjà perdu la partie mais la morale met la paix en danger.

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