Ils ont inversé les rôles. Hier, sous Georges Bush, les Américains refusaient tout contact avec l’Iran tandis que les Européens plaidaient en faveur d’un dialogue qu’ils ont, d’ailleurs, longtemps mené sans le moindre succès. Désormais, c’est le contraire. Sous Barack Obama, ce sont les Américains qui souhaitent le contact avec Téhéran pendant que les Européens cachent à peine, et disent en privé, qu’ils ne voient plus, là, qu’une perte de temps dont la République islamique saura, elle, profiter pour poursuive sa marche vers la maîtrise de l’arme atomique. Cette différence d’appréciation, cette divergence plutôt, s’était clairement entendue, fin août, lorsque Nicolas Sarkozy s’en était vivement pris aux dirigeants iraniens, devant l’ensemble des ambassadeurs français, en expliquant que c’était les mêmes qui avaient truqué leurs élections et qui assuraient que leur programme nucléaire n’avaient qu’une vocation civile et non pas militaire. En contrepoint de la « main tendue » de Barack Obama, le président de la République s’était posé en homme qui n’avait pas peur d’un bras de fer avec Téhéran, en partisan de la manière forte, de nouvelles et dures sanctions économiques, mais les Iraniens ont répondu, depuis, aux offres de dialogue américaines. Par un texte remis aux cinq membres permanents du Conseil de sécurité plus l’Allemagne, première des puissances européennes, ils ont proposé de débattre d’à peu près tous les problèmes du monde, mais pas de leurs ambitions nucléaires. Des deux côtés de l’Atlantique, la réaction a, d’abord, été, la même – rien de neuf, ils nous mènent en bateau – puis les Européens ont vite senti que les Américains ne voulaient pour autant pas rompre avec Téhéran, constater une impasse iranienne qui se serait alors ajoutée aux autres difficultés, diplomatiques et intérieures, de la Maison-Blanche. Les Occidentaux s’étaient donc mis d’accord sur une double réaction, un compromis ambigu aux termes duquel ils se diraient insatisfaits des propositions de l’Iran mais demanderaient à rencontrer ses négociateurs pour un rendez-vous de la dernière chance. Russes et Chinois ont avalisé ce compromis car ils ne voulaient pas plus que les Américains d’épreuve de force immédiate. Depuis hier, rendez-vous est pris pour le 1ier octobre mais Bernard Kouchner a exprimé l’état d’esprit européen en lançant : « Je n’en attends pas grand-chose, hélas ! » alors que le secrétaire américain à l’énergie déclarait, lui, qu’il s’agissait, là, d’un « pas important » et qu’il « croisait les doigts ». On verra qui a raison dans quinze jours mais le débat est simple. Ou bien l’on considère, comme les Américains, que les Iraniens cherchent à sauver la face et acceptent sans le dire une négociation sur le nucléaire qui serait noyée dans une négociation tous azimuts. Ou bien l’on pense, comme les Européens, que l’Iran ne veut que gagner du temps, faire durer de fausses négociations qui leur permettront de poursuivre leur programme, sans nouvelles sanctions. Ces deux lectures sont possibles et mettent aux prises l’Europe et l’Amérique.

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