Pour qui connaît Viviane Reding, elle est la quintessence de la modération. D’une élégance très sortie de messe à Versailles, plus convenable qu’il n’est permis et ancienne vice-présidente du Parti chrétien social luxembourgeois, pas précisément un mouvement gauchiste, la Commissaire européenne à la Justice n’a pas l’habitude d’élever le ton mais elle l’a, pourtant fait, hier, en annonçant que la Commission, gardienne des traités européens, allait ouvrir une procédure d’infraction contre la France dans l’affaire des Roms. « J’ai été personnellement consternée, a-t-elle dit, de cette situation dans laquelle des gens sont expulsés d’un Etat membre de l’Union simplement parce qu’ils appartiennent à une minorité ethnique. C’est une situation que j’espérais que l’Europe n’aurait pas à vivre à nouveau », a-t-elle ajouté avant de lancer : « Ce n’est pas un délit mineur et j’irais même plus loin : c’est honteux ». Les mots font mal mais ils font d’autant plus mal qu’ils ne sont pas infondés puisque Viviane Reding avait trois raisons de les prononcer. La première est que les plus hautes autorités françaises ne se sont pas contentées, cet été, d’annoncer un durcissement de leur lutte contre l’immigration clandestine. C’eut été, là, leur droit et, même, leur devoir, diront beaucoup, mais tout le discours qui s’est ensuivi visait spécifiquement une population, les Roms, supposée particulièrement impopulaire, à laquelle a été spécifiquement consacrée une réunion très médiatisée à l’Elysée et que visait explicitement une circulaire du ministère de l’Intérieur enjoignant aux forces de l’ordre de démanteler les campements illégaux. Cela s’appelle de la discrimination ethnique, pratique contraire aux valeurs de l’Union et proscrite en droit européen et la deuxième raison de l’indignation de Mme Reding est qu’il ne lui apparaît pas que les mesures d’expulsion prises à l’encontre des Roms aient visé des individus en infraction mais bel et bien une population collectivement jugée indésirable alors même qu’elle est composée de citoyens européens. Quant à la troisième raison de cette sévérité, elle est que Mme Reding n’a pas le sentiment que les autorités françaises lui aient toujours dit la vérité depuis le début de cette affaire. Déjà condamnée par le Parlement européen, la France l’est, maintenant, par la Commission et pourrait l’être, un jour, par la Cour de Justice. Ce n’est pas exactement glorieux et, politiquement parlant, la situation qui s’est créée est extrêmement dommageable. Ou bien Nicolas Sarkozy a bientôt la sagesse de faire machine arrière en recadrant tout cela ou bien il choisit d’engager un bras de fer avec la Commission. Dans la première hypothèse, la plus souhaitable, il apparaitra qu’il n’avait pas su jusqu’où ne pas aller trop loin et le crédit du Président français n’en sera pas grandi. Dans la seconde, il risque non seulement de devenir le héros des nouvelles extrêmes-droites européennes mais de se heurter frontalement à une réprobation des centres, des gauches et des droites modérées qui pèsent, ensemble, très lourd dans l’Union. Alors même qu’il y a, d’urgence, tant à faire en Europe, la France vient d’y compromettre son autorité.

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