La croissance est forte. Les impôts ont baissé. Le chômage ne touche plus que moins de 8% de la population et les finances publiques sont saines. Le bilan économique de la coalition conservatrice au pouvoir en Suède depuis huit ans était, en un mot, bon mais le Premier ministre sortant, Fredrik Reinfeldt, n’en a pas mois perdu les élections d’hier au profit de la gauche. Outre le simple désir d’alternance, la principale raison en est que l’électorat était las et choqué de l’ampleur des privatisations dans les services publics et, notamment, l’enseignement, les maisons de retraite et le secteur médical. Beaucoup de Suédois n’admettaient plus que des entreprises privées, bénéficiant de subventions publiques, puissent faire d’importants bénéfices dans des domaines qu’ils considèrent comme ne relevant pas des relations marchandes. Ils en étaient d’autant plus choqués que la qualité des services rendus avait parfois baissé et qu’il arrive que ces entreprises privées pratiquent « l’optimisation fiscale », autrement dit l’art de se soustraire légalement à l’impôt en domiciliant des sociétés mères dans des pays où il est moins élevé, voire extrêmement faible ou symbolique. C’est un rejet du libéralisme et une défense de l’Etat providence qui ont permis à la gauche suédoise de l’emporter hier. Finances publiques rétablies et impôts baissés, les électeurs ont voulu rappeler une exigence de solidarité et de protection sociales qui demeure très forte et politiquement déterminante dans tous les pays de l’Union, qui est sans équivalent dans le reste du monde, qui définit ce qu’on appelle « le modèle européen » et pèse, par exemple, très lourd dans le suspens britannique puisque c’est beaucoup la défense du Welfare state, de l’Etat providence, qui nourrit l’indépendantisme écossais.Cette réalité politique est si fondamentale qu’elle explique également la très forte percée opérée par les Démocrates de Suède, l’extrême-droite de ce pays, qui ont plus que doublé leurs scores en passant de 5,7% des voix il y a quatre ans à quelques 13% hier. En Suède comme dans tous les pays européens, la nouvelle extrême-droite s’éloigne de ses racines xénophobes et racistes, ou veut les masquer en tout cas, en se posant en rempart de la protection sociale qu’elle dit défendre à la fois contre les immigrés qui déséquilibreraient les comptes sociaux et une gauche et une droite qui seraient trop soucieuses de lutter contre les déficits budgétaires. Hier libérales, les nouvelles extrêmes-droites jouent aujourd’hui la carte sociale grâce à laquelle elles parviennent au premier rang de la scène politique dans un nombre croissant de pays européens. Ce sont ainsi les Démocrates de Suède, devenu troisième parti du pays, qui ont empêché hier les gauches d’arriver à la majorité absolue mais la différence entre la Suède et bien d’autres pays de l’Union est qu’à Stockholm, les conservateurs ne veulent avoir aucun lien avec l’extrême-droite ni même lui faire de concessions politiques, pas la moindre.

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