Qui veut et fait quoi en Syrie et pourquoi ? C’est la question que posent les exodes que l’on sait et les réponses sont aussi essentielles que complexes.

Prenons d’abord l’Iran car son implication dans ce conflit est la clé de tout. Bastion du chiisme, de la religion minoritaire de l’islam, l’Iran n’a eu de cesse, depuis la chute du Chah en 1979, de se projeter au-delà de ses frontières en s’appuyant sur les populations chiites de la région. C’est ainsi que les Iraniens sont devenus incontournables au Liban où ils ont conçu et financé la création du Hezbollah, organisation politico-militaire chiite devenue un Etat dans l’Etat. C’est ainsi, surtout, qu’ils s’étaient considérablement rapprochés de la Syrie où le clan Assad au pouvoir est issu d’une branche du chiisme.

Cela faisait deux succès pour Téhéran mais, lorsque l’intervention américaine en Irak y a mis aux commandes la majorité chiite persécutée sous Saddam Hussein, l’Iran chiite, l’Iran perse et non pas arabe, s’est retrouvé en position de force - Liban, Syrie, Irak - au cœur du monde arabe. C’était un gigantesque bouleversement pour toute la région mais il a soudainement été mis en question par l’insurrection démocratique en Syrie, par une insurrection essentiellement sunnite puisque l’écrasante majorité de la population syrienne est sunnite. C’est pour cela que l’Iran a volé au secours du régime syrien en mettant sous perfusion financière ce régime chiite et mobilisant en sa faveur les troupes du Hezbollah libanais, du Hezbollah chiite. C’est clair, Patrick ?...

Prenons maintenant la Turquie et l’Arabie saoudite. Ce sont les deux autres grandes puissances de la région. Elles sont en rivalité régionale avec l’Iran et sont sunnites l’une et l’autre. Elles ne pouvaient donc accepter ni que l’Iran chiite aide Bachar al-Assad à écraser la majorité sunnite de sa population ni que les Iraniens mettent ainsi la main sur la Syrie et confortent, par là, leur projection régionale. La Turquie souhaitait de surcroît que le régime syrien s’effondre avant que la Syrie ne se fracture au point que ses Kurdes ne prennent leur autonomie et ne réveillent la question kurde en Turquie.

Toutes ces raisons ont conduit Turcs et Saoudiens à longtemps aider Daesh, l’Etat islamique, une organisation dont le régime syrien avait favorisé la naissance pour contrer l’insurrection démocratique mais qui avait pris son essor en se ralliant d’anciens officiers sunnites de Saddam Hussein qui lui ont donné pour ambition fondamentale de créer un Etat sunnite à cheval sur l’Irak et la Syrie. Cela ne pouvait pas déplaire aux puissances sunnites turque et saoudienne mais elles combattent désormais Daesh, aux côtés des Occidentaux, car elles ont fini par craindre sa folie meurtrière.

Et puis il y a la Russie, ce qui n’est pas le moins. La Russie, elle, soutient Bachar al-Assad parce que la Syrie était son dernier point d’ancrage au Proche-Orient et que Vladimir Poutine n’aime pas l’idée - on comprend pourquoi - qu’un peuple puisse renverser une dictature. La guerre de Syrie n’est plus syrienne. Elle est régionale si ce n’est plus et c’est pour cela qu’on n’en voit pas la fin.

L'équipe
Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.