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Enfin !... Enfin a-t-on entendu hier le plus haut responsable de l’Union européenne, Jean-Claude Juncker, le président de la Commission, parler politique et avancer des propositions concrètes, susceptibles de redonner un sens, une crédibilité et, qui sait, un jour, une popularité à l’unité de l’Europe.

En homme politique, Jean-Claude Juncker, s’en est pris aux nouvelles extrêmes-droites en soulignant qu’elles « ne réglaient pas les problèmes, au contraire » puis a rappelé que l’unité européenne devait « protéger » les citoyens de l’Union car l’Europe, son modèle social, « ce n’est pas le Far West mais l’économie sociale de marché », cette spécificité européenne d’un marché régulé et humanisé par la protection sociale.

C’était se démarquer radicalement du néo-libéralisme qui prêche, lui, que chacun devrait se débrouiller par lui-même, sans solidarité et sans protection collective. C’était réinscrire le projet européen dans le socle commun aux deux grandes forces politiques de l’Union que sont la démocratie chrétienne et la social-démocratie. C’était redire que l’unité des Européens ne pouvait pas se faire en rupture avec leurs traditions politiques.

C’était dire qu’on ne préserverait pas la protection sociale par un retour aux frontières nationales mais par l’affirmation d’une puissance publique continentale. C’était en un mot croiser le fer avec les libéraux et les nationalistes.

Cela faisait du bien à entendre car l’unité de l’Europe est faite pour cela, pour défendre et affirmer un modèle de civilisation qui est le plus avancé du monde et, pour ce qui est des propositions, c’est dans ce sens qu’elles allaient.

Jean-Claude Juncker a proposé de doubler, à plus de 600 milliards d’euros, les sommes allouées à l’investissement commun car les pays européens ont un urgent besoin d’investissements productifs, dans la révolution numérique en l’occurrence. Parce que la protection n’est pas seulement la protection sociale mais aussi la sécurité de tous, le président de la Commission a également proposé d’enfin marcher vers une Défense commune de l’Europe en la dotant d’un état-major commun, de ressources militaires communes et d’un fonds d’investissement dans la recherche militaire.

Investir dans l’avenir industriel et la sécurité, c’est ce qu’il faut faire et ce que les Européens ne peuvent faire qu’ensemble mais, prononcé devant le Parlement européen à l’avant-veille du sommet de Bratislava qui s’ouvre demain, ce discours sur l’état de l’Union, peut-il encore endiguer l’euroscepticisme et remettre l’unité de l’Europe sur ses rails ?

Il est tard. Quinze ans de politiques libérales à courte vue et sans imagination, quinze ans de décisions comptables et non pas politiques, ont fait d’énormes dégâts dans les opinions européennes. L’Union est devisée comme elle ne l’a jamais été. Le nationalisme risque fort de se renforcer encore cette année. Tout menace l’unité européenne mais si le tournant amorcé hier se confirme, alors non, sans doute n’est-il pas trop tard.

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