Où l'on voit que que la question n'est pas de savoir si Mme Merkel sera réélue mais avec qui elle gouvernera

L'apparence est on ne peut plus trompeuse. Au soir du 24 septembre, dans dix jours, lorsque les résultats des législatives allemandes seront proclamés les démocrates-chrétiens seront certes largement en tête et Mme Merkel en position de se succéder à elle-même.

Comme vient de l’écrire le Spiegel, il faudrait vraiment qu’elle commette d’ici là « une colossale faute politique » pour qu’il n’en soit pas ainsi puisque l’économie allemande est en excellente forme et que la chancelière et ses allures de bonne maman sévère rassurent un électorat qu’inquiètent Donald Trump, Vladimir Poutine et le terrorisme islamiste. Angela Merkel en est si consciente qu’elle ne fait pour ainsi dire pas campagne et gouverne comme si elle était déjà réélue.

Elle devrait donc l’être mais toute la question est de savoir avec qui elle exercerait ce quatrième mandat.

Le plus simple serait pour elle de reconduire sa grande coalition avec les sociaux-démocrates mais le SPD en a plus qu’assez de jouer les utilités, d’y laisser son identité et de ne plus avoir la possibilité, solidarité gouvernementale oblige, de se distinguer des démocrates-chrétiens. Autant la grande coalition a profité à la droite en muselant la gauche, autant la gauche y a tellement perdu que son candidat à la chancellerie, Martin Schulz, l’ancien président du Parlement européen, n’a finalement pas décollé dans les sondages malgré des débuts prometteurs.

Le plus probable est que Mme Merkel ait à se trouver un nouveau partenaire pour atteindre la majorité absolue et c’est là qu’on entre en terre inconnue. Si ce n’est pas le SPD, c’est le FDP, les libéraux de ce petit parti charnière qui a toujours eu un rôle essentiel depuis la fin de la Guerre mais ce centre droit n’est plus ce qu’il était, aussi modéré et peu déroutant qu’un loden vert.

Après sa déroute aux élections de 2013 qui l’avaient purement et simplement éliminé du Bundestag, la chambre des députés, le FDP s’est donné un nouveau patron de 38 ans, Christian Lindner, qui s’oppose à toute idée de resserrement de la zone euro de crainte que l’Allemagne n’ait à garantir des emprunts européens, plaide pour une sortie de la Grèce de la monnaie unique et voudrait prendre son parti de l’annexion de la Crimée par la Fédération de Russie.

Les nouveaux libéraux jouent la carte du nationalisme et d’un rapprochement germano-russe. Ce n’est pas du tout la ligne de Mme Merkel. Leur entrée au gouvernement ne ferait pas non plus l’affaire d’Emmanuel Macron et de ses projets de refondation de l’Union. Un tel point d’interrogation pèse désormais sur l’Allemagne que Mme Merkel caresse l’idée d’une coalition tripartite, avec les Libéraux et les Verts, mais oui : les Verts qui n’excluent pas cette hypothèse. A Berlin, tout est ouvert et rien n’est écrit.

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