En répartissant les migrants de l'Aquarius entre 5 pays européens, l'Europe fait preuve de solidarité. Mais elle donne aussi l'occasion au ministre l'Intérieur italien de marquer des points. Quelle est la solution ?

L'Aquarius a donc accosté à Malte et les migrants qu'il a sauvé seront répartis entre 5 pays d'Europe : la France, l'Espagne, le Portugal, l'Allemagne, le Luxembourg. C'est une excellente nouvelle puisqu'au fond, cette solution négociée difficilement ressemble à l'Europe qu'on aime : une Europe solidaire qui protège et qui partage. 

Le vrai problème est ailleurs. Comment voulez-vous que les Italiens – et beaucoup d'Européens – ne voient pas cet accord autrement que comme une victoire éclatante de Matteo Salvini, le ministre de l'Intérieur d'extrême droite italien ?

Après tout, c'est parce que Matteo Salvini a interdit les ports italiens aux bateaux chargés de migrants des ONG qui les sauvent au large, que la France, l'Espagne ou l'Allemagne se sont découverts des trésors de solidarité et de coopération.

Les migrants débarquaient en Italie et l'Europe regardait ailleurs...

Pas l'Europe ! Depuis le début, et notamment la vague de 2015, l'Europe a toujours eu la solution ! C'est Bruxelles qui a proposé une juste répartition des réfugiés et migrants entre les pays membres. Des pays qui se sont empressés de n'en rien faire.

A commencer par la France qui n'a accueilli qu'un cinquième du quota attribué par Bruxelles. La France qui a rétabli en 2015, suite aux attentats, les contrôles aux frontières et qui s'en est servi pour bloquer les migrants venus d'Italie.

La France qui a démantelé la jungle de Calais mais qui a créé du côté de Vintimille, c'est-à-dire côté italien, le même genre d'abcès de fixation. Inutile de préciser que les Italiens nous en veulent énormément et à raison !

Pendant ce temps, l'extrême droite se renforce dans toute l'Europe...

A commencer donc par l'Italie qui a vu passer près de 500 000 migrants depuis 2014, sans que jamais un président de la République française n'ait interrompu ses vacances pour, toutes affaires cessantes, trouver une solution de juste répartition.

Or, contrairement à la France, l'Allemagne, la Grande-Bretagne ou le Benelux, qui reçoivent des migrants depuis longtemps, l'Italie est historiquement un pays d'émigration. Imaginez le choc quand, 2000 et 2016, le nombre d'étrangers installé sur son sol a triplé !

Si l'on ajoute à cela le fait que le sud de l'Europe a subi de plein fouet la crise économique de 2008, on y comprend mieux la montée des populismes aggravée par notre indifférence et notre mépris souverain.

Une agence pan-européenne des migrations

La solution est de sortir de l'orbite nationale l'accueil et la répartition des migrants et des réfugiés. Daniel Kohn Bendit a parfaitement raison : il faut une agence européenne des réfugiés et le plus rapidement possible.

Créer un budget européen, avec un ministre et un parlement, comme en rêve Emmanuel Macron, est parfaitement secondaire. L'urgence est avant tout à cette agence pan-européenne des réfugiés et migration.

Enfin, il faut admettre que certains sont plus égaux que d'autre devant la migration. La Hongrie, la Pologne, la Tchéquie, la Slovaquie, mais aussi l'Italie ou la Grèce sont incapables d'accueil pour des raisons historiques et politiques.

En Europe, il n’y a guère que le nord qui sache accueillir et intégrer ces migrations et ce, depuis longtemps. C’est donc a nous de prendre le relai : « wir schaffen das », comme dirait Angela Merkel, « Nous y arriverons ». 

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