Américains et Français reprennent langue. L’Europe, parallèlement, cherche les voies du rebond. Huit jours seulement après la chute du régime irakien, quatre semaines exactement après le début de cette guerre, les Occidentaux tentent, autrement dit, de recoller les morceaux. Ils y ont tous intérêt. Si rapide qu’ait finalement été leur victoire, les Américains voient bien qu’ils n’auront pas la partie facile en Irak. Non seulement le coût de la reconstruction sera beaucoup plus élevé que prévu mais les manifestations d’hostilité au mandat qu’ils se sont octroyé se multiplient à grande vitesse car ils ne peuvent pas répondre à toutes les attentes, même les plus modestes, qu’ils sont obligés de s’appuyer sur l’ancien appareil de Saddam Hussein et que les forces irakiennes en présence, Chiites, Kurdes et Sunnites, pour ne citer que les plus grandes, ont toutes leurs ambitions propres. Financièrement et politiquement, les Etats-Unis auront vite besoin d’un consensus international sur l’avenir de l’Irak. Ils leur faut donc le préparer, en amont, avant même de le dire, quitte à ce que Georges Bush se fasse violence en prenant, hier soir, Jacques Chirac, au téléphone. Le Président français, quant à lui, avait à faire le premier pas, à décrocher son téléphone, car la droite et le patronat français, sa base électorale, s’inquiétaient de cette crise avec l’Amérique et qu’un pays comme la France, surtout, ne pas se cantonner à une position de principes en attendant des jours meilleurs. Début mai, la France accueille, à Evian, le sommet du G8, les sept pays les plus riches du monde plus la Russie. Il fallait remettre, avant, du liant, entre Paris et Washington et, comme les Etats-Unis, la France devait ouvrir les voies d’un futur consensus sur l’après-guerre irakien. En Europe, la situation est la même. L’Irak a fracturé l’Europe mais les nouveaux membres, si attachés soient-ils à leurs relations avec les Etats-Unis, ne peuvent pas ignorer que c’est à Bruxelles et non pas à Washington, que leur avenir se jouera. La France et l’Allemagne savent, pour leur part, que l’affirmation d’une Europe-puissance, leur ambition, ne peut pas même s’ébaucher sur fond de guérilla entre Etats-membres et Tony Blair, enfin, ne veut pas rompre avec l’Europe. Seul véritable allié des Etats-Unis dans cette crise, il est en même temps le plus européen des Britanniques, le plus convaincu que la Grande-Bretagne doit s’inscrire en Europe pour exister dans ce siècle. Tandis que Jacques Chirac et Georges Bush se téléphonaient, Tony Blair s’entretenait, en conséquence, avec Gerhard Schröder à Hanovre et tous deux, noyant le poisson irakien, mettaient l’accent sur l’Europe de la Défense – le projet sur lequel Paris, Londres et Berlin pourraient, et voudraient, se retrouver. Chacun fait ses petits pas, chacun joue ses cartes et, empoignades de côté, les vingt-cinq actuels et futurs membres de l’Union se retrouvent aujourd’hui à Athènes, comme prévu, pour signer le Traité d’élargissement. Jacques Chirac y redira que « l’Europe n’est pas seulement un grand marché mais, surtout, une ambition collective, celle d’un monde multipolaire dans lequel l’Union fasse entendre sa voix et ses valeurs ». Le débat se poursuit, en plus feutré.

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