En difficultés aux quatre coins du monde, c’est une très bonne nouvelle que les Etats-Unis ont reçu de Rome. Silvio Berlusconi est un de leurs admirateurs, un ami, un allié fidèle qui ne les a jamais contrariés sur un aucun dossier et notamment pas dans l’affaire irakienne puisque son deuxième gouvernement s’était joint à eux dans cette aventure. En elle-même, la victoire a tout pour les réjouir mais, bien au-delà de l’Italie, elle leur annonce aussi un profond tournant de leurs relations avec l’Europe car, avec cette élection, l’Union achève de s’arrimer à l’Amérique. Depuis son élargissement aux anciens pays communistes d’Europe centrale, les Etats-Unis pouvaient, déjà, s’y appuyer sur un bloc de pays membres profondément inscrits dans leur sillage. Quelles que soient ses évolutions électorales, la Grande-Bretagne leur est naturellement acquise comme le sont les Pays-Bas, la Finlande, la Suède, le Danemark, l’Irlande ou l’Autriche. L’Allemagne – on le voit bien avec l’Afghanistan – ne se laissera pas conduire facilement là où elle ne voudrait pas aller mais sa gauche comme sa droite restent très liées aux Etats-Unis. L’Espagne socialiste peut faire entendre des différences, au Proche-Orient et en Amérique latine, mais la situation est parfaitement gérable pour Washington. La Grèce peut se montrer intraitable quand son nationalisme est en jeu mais sans vrais conflits à la clé et la France, bien sûr, n’est plus un problème pour les Américains. Avec Nicolas Sarkozy, son américanophilie et sa volonté de rejoindre le commandement intégré de l’Otan dès le printemps prochain, la France est, au contraire, devenue l’un des premiers points d’appui des Etats-Unis dans l’Union, non seulement un pays sur lequel ils peuvent désormais compter mais qui dispose aussi d’une véritable armée. Le remplacement de l’Européen convaincu qu’était Romano Prodi par l’atlantiste militant qu’est Silvio Berlusconi vient ainsi boucler une boucle. Entre l’Europe et l’Amérique, les ponts n’auront jamais été aussi étroits et solides que dans la période qui s’ouvre. Dans les schémas traditionnels, cela devrait impliquer un suivisme européen vis-à-vis des Etats-Unis, une réédition des années cinquante, mais attention ! L’un des faits marquants de cette première décennie du nouveau siècle est que les Etats-Unis se cherchent une politique. Pour la première, sans doute, de l’Histoire, ils ne savent plus où aller ni comment y aller, que faire avec la Chine, la Russie, l’Amérique latine et, bien évidemment, le monde arabo-musulman. Quel que soit leur prochain Président, ils auront à la fois un désir de s’appuyer sur l’Europe et de consolider son appui, une bien plus grande écoute, donc, qu’ils n’en ont jamais montrée et cela d’autant plus qu’ils n’ont pas seulement besoin de l’Union mais se sentent en confiance avec elle. On assiste, des deux côtés de l’Atlantique, à un resserrement accéléré des liens occidentaux mais, dans ce rapprochement fondé sur l’inquiétude, dans ce désarroi commun, il n'y a plus grand chose de préétabli à Washington. C’est la grande nouveauté, presque une page blanche.

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