L’un n’en parle jamais, l’autre constamment. Depuis qu’il a pris les rênes du gouvernement israélien, il y a trois semaines, Benjamin Netanyahu n’a jamais prononcé les mots « Etat palestinien » alors que Barack Obama, lui, directement ou par l’entremise de ses collaborateurs, va répétant qu’il entend travailler à un règlement de paix fondé sur la coexistence de « deux Etats ». Il l’a encore redit, il y a dix jours, en Turquie, l’un des rares pays musulmans à entretenir des relations diplomatiques avec Israël. A la veille de la deuxième tournée régionale que Georges Mitchell, l’émissaire américain pour le Proche-Orient, effectue depuis lundi, le département d’Etat avait rappelé qu’elle avait pour but de « faire progresser l’objectif d’une solution à deux Etats » et la question se pose donc de savoir si l’on va vers une tension, voire une crise, entre les Etats-Unis et Israël. Pour l’heure, les deux pays rivalisent de protestations d’amitié - au demeurant profonde- mais, depuis plusieurs semaine déjà, la Maison-Blanche prépare le Congrès à la possibilité d’un clash avec le gouvernement Netanyahu, le plus à droite qu’Israël ait connu. Par petits groupes, les principales figures de la majorité démocrate y sont reçues par l’équipe de Barack Obama pour s’entendre dire que le président est pleinement attaché à la sécurité de l’Etat israélien et que les accords d’assistance militaire que les Etats-Unis ont signés avec lui seront respectés mais… et c’est, bien sûr ce « mais » qui compte. Mais le président, poursuivent ses collaborateurs, considère qu’une solution à deux Etats est essentielle à la solution de l’ensemble des crises proche-orientales et compte, en conséquence, demander à Benjamin Netanyahu de respecter les engagements pris par ses prédécesseurs en acceptant le principe d’un Etat palestinien et gelant la colonisation des Territoires occupés. A en croire le Haaretz, le quotidien israélien de référence, la Maison-Blanche se dirait également hostile, dans ses réunions, à ce que Jérusalem substitue un éventuel accord de paix avec la Syrie à un règlement avec les Palestiniens. Ce message distillé au Congrès est évidemment destiné à faire pression sur Benjamin Netanyahu en lui faisant comprendre que la détermination de la Maison-Blanche est réelle et tout dépendra, maintenant, de lui. Il se peut que le Premier ministre israélien se trompe, qu’il ne sache pas voir à quel point son gouvernement est mal vu aux Etats-Unis et ne réalise pas que la nécessité d’un Etat palestinien s’y est largement imposée, notamment dans les milieux juifs, mais Benjamin Netanyahu est un fin connaisseur de la politique américaine. Il n’est pas exclu qu’il comprenne, au contraire, le rapport de forces et amorce le tournant qui lui est si fortement suggéré. On commencera à y voir clair lorsqu’il sera reçu, le mois prochain, à la Maison-Blanche et, entre temps, Barack Obama – c’est une information exclusive – a fait parvenir un message oral au Guide suprême iranien, l’ayatollah Khamenei. Quelque chose s’amorce bel et bien entre Washington et Téhéran.

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