C’est une invention de banquier. Il y a neuf ans, l’économiste en chef de Goldman Sachs, Jim O’Neill, lançait l’acronyme « Bric », Brésil, Russie, Inde, Chine, en expliquant que la croissance économique de ces pays allait les constituer en un nouveau groupe de pression politique avec lequel il faudrait compter sur la scène internationale. Après un premier sommet, l’année dernière, à Ekaterinbourg, en Russie, les chefs d’Etat et de gouvernement de ces pays sont, de fait, à nouveau réunis aujourd’hui à Brasilia avec en vedette le président chinois, Hu Jintao, le plus puissant d’entre eux. Une deuxième fois, la photo de groupe montrera, tout sourires, l’ancien syndicaliste brésilien d’extrême-gauche, l’enfant du nouveau secteur privé russe qui voudrait démocratiser son pays, le Premier ministre de la plus peuplée des démocraties du monde et le patron de la plus peuplée des dictatures, celle qui allie tout ce qu’il y a de pire dans le communisme et le capitalisme. L’assemblage est improbable mais les sommets Bric s’institutionnalisent car tous auront en tête que les courbes de croissance leur promettent que leurs pays pèseront autant, en 2040, que les vieilles puissances du 20ième siècle et d’avant, celles du G-6, Etats-Unis, Japon, Allemagne, France, Grande-Bretagne et Italie. A quatre, ils pèseront autant demain que six autres hier et cela leur donne, bien sûr, envie de s’épauler pour amener les puissants d’aujourd’hui à d’ores et déjà partager leur pouvoir. Le banquier avait vu juste mais jusqu’à quel point ? La question se pose car, s’il est certain que les Occidentaux sont en train de perdre la prédominance dans les affaires du monde qu’ils avaient acquise depuis la Renaissance, il n’est pas certain que ces quatre émergents aient tant d’intérêts communs. Devenue le troisième partenaire commercial de l’Amérique latine, la Chine agace beaucoup le Brésil parce qu’elle concurrence ses exportations sur le sous-continent et qu’elle entretient avec lui un rapport totalement inégal et de type colonial dans lequel elle lui achète des matières premières mais pas de produits manufacturés dont elle l’inonde en revanche. Il ya une complémentarité certaine entre ces deux pays mais le Brésil développe une industrie dont il ne peut pas exporter les produits vers la Chine. Entre l’Inde et la Chine, non seulement la concurrence est forte sur les marchés extérieurs mais elle l’est encore plus, stratégiquement parlant, sur leur continent commun car ces deux géants n’ont pas encore défini un équilibre de puissances, zones d’influence ou coopération, qui les mettrait vraiment à l’abri des mêmes conflits que l’Europe a connus par le passé. Entre la Chine et la Russie, enfin, il y a tout le problème, vertigineux, de deux pays limitrophes dont l’un est surpeuplé tandis que l’autre, avec une population dix fois inférieure à celle de la Chine, possède le territoire le plus étendu du monde. Une alliance se cherche au sein du Bric mais chacun de ces quatre pays pourrait facilement devenir un allié privilégié de tout ou partie du vieux monde.

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