C’était le point le plus important de son discours. Devant ses partisans réunis place de la Concorde, Nicolas Sarkozy a souhaité hier qu’un débat s’ouvre parmi les 27 sur le rôle de la Banque centrale européenne afin qu’elle puisse soutenir une relance de la croissance dans l’Union.

« Si l’on ne change pas l’Europe, si l’on ne fait pas l’Europe de la production, l’Europe de l’investissement, nous ne pourrons pas avoir la croissance et si la Banque centrale ne soutient pas la croissance, nous n’en aurons pas assez », a-t-il déclaré en s’inscrivant ainsi dans le droit fil de François Hollande qui ne dit pas autre chose depuis le début de sa campagne.

Même s’ils divergent sur les moyens d’y parvenir puisque Nicolas Sarkozy continue de refuser toute renégociation du dernier projet de traité européen, les deux candidats qui ont aujourd’hui le plus de chance de remporter la présidentielle du 6 mai veulent ainsi plaider pour que le redressement des comptes publics s’accompagne d’une politique de relance. Quel que soit son président, la France de demain voudra que l’Europe investisse en même temps qu’elle économise et que la Banque centrale accompagne cet effort en ne se souciant plus seulement de la lutte contre l’inflation qui est jusqu’à présent l’essentiel de sa mission.

C’est une évolution d’autant plus capitale que la gauche allemande qui a de grandes chances de revenir au pouvoir l’année prochaine seule ou en coalition avec la démocratie-chrétienne est du même avis et que de plus en plus de gouvernements européens partagent cet avis qui est également celui des milieux patronaux et financiers.

Comme prévisible, la coordination des politiques économiques de l’Union ne devrait bientôt plus se limiter à la réduction des dépenses qui entraîne un ralentissement de l’activité, une baisse des rentrées fiscales et, très vite, on le voit avec l’Espagne, un accroissement des déficits et des besoins d’emprunt. Même tardivement, le bon sens s’impose mais le paradoxe est que l’unité européenne risque d’en être mise à rude épreuve car il ne suffit pas d’être d’accord sur la nécessité de relancer la croissance.

Il faut aussi converger sur la manière de le faire et les Européens en sont loin. Les uns prônent de nouvelles déréglementations qui auraient l’avantage, pensent-ils, de faire jouer la concurrence, d’abaisser les prix et d’augmenter ainsi la compétitivité de l’industrie européenne. Les autres veulent miser sur une politique industrielle européenne, sur un dirigisme européen, afin de redonner à l’Europe une avance technologique qui lui permette de s’imposer sur le marché mondial. Ce débat ne fait que commencer car, plus l’Europe intègrera ses politiques, plus ces politiques la diviseront.

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