Au Venezuela, le vote est double. Il est d’abord électronique mais une fois que l’électeur a choisi son candidat, la machine à voter imprime un bulletin portant le nom sélectionné et ce bulletin doit alors être classiquement glissé dans une urne. C’est un système de double contrôle qui laisse si peu de place à la fraude que Jimmy Carter, l’ancien président américain, l’avait qualifié l’année dernière de « meilleur du monde » mais le fait est que le résultat de la présidentielle de dimanche est contesté.

Il l’est parce que Nicolas Maduro, le dauphin que s’était désigné avant de mourir le 5 mars dernier Hugo Chavez, l’homme qui avait gouverné le pays pendant 14 ans, ne l’a emporté que de 235 000 voix, soit 1,6% des suffrages, que son adversaire de droite, Henrique Capriles, fait état de quelques 300 irrégularités, ne reconnaît pas le résultat proclamé par la Commission électorale et demande un recomptage que les Etats-Unis estiment, pour leur part, « important, prudent et nécessaire ».

Sauf coup de théâtre, découverte d’une fraude organisée ou autre, ce vote ne sera pour autant pas annulé mais sa contestation augure mal des mois et années à venir au Venezuela, onzième producteur mondial de pétrole et détenteur, devant l’Arabie saoudite, des plus importantes réserves de brut connues à ce jour. Le pays est désormais coupé en deux. L’opposition se sent pousser des ailes car, après quatre scrutins qui avaient vu Hugo Chavez constamment progresser dans les urnes et atteindre près de 63% des voix en 2006 avant de retomber à une majorité tout de même confortable de 55% des suffrages l’année dernière, son successeur ne l’a maintenant emporté que d’un fil.

Victorieuse ou pas, la majorité est sonnée. Cette élection la divise car beaucoup de ses partisans reprochent ce recul à Nicolas Maduro qui n’a en tout état de cause pas la carrure et le charisme de son prédécesseur. Un camp est ascendant tandis que l’autre est descendant et le legs d’Hugo Chavez, surtout, est non seulement très discuté mais profondément discutable.

A son actif, il y a des programmes d’aide massive aux plus démunis qui lui restent extrêmement reconnaissants, et à juste titre, de leur avoir permis de manger à leur faim et d’accéder à une éducation. Hugo Chavez avait largement puisé pour cela dans les revenus pétroliers. Il en avait été adoré, voire déifié par beaucoup mais il a laissé derrière lui un pays rongé par une inflation de plus de 20% qui réduit à néant les augmentations de salaire, des pénuries de produits alimentaires et d’électricité, une dette égale à la moitié du PIB ce qui est une prouesse pour un pays aussi riche en matières premières et une insécurité chronique que la population ne supporte plus car elle a fait de Caracas l’une des capitales les plus dangereuses au monde.

Contrairement à la gauche brésilienne qui a su aider les plus pauvres tout en menant une vraie politique de développement, Hugo Chavez n’a su que distribuer de l’argent sans investir dans l’appareil productif et Nicolas Maduro aura maintenant d’autant plus de mal à redresser la barre qu’il a été mal élu.

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