Le problème avec les victoires est qu’elles enivrent. Si Vladimir Poutine s’était contenté d’annexer la Crimée, il aurait tranquillement pu savourer la remontée de sa côte de popularité en Russie et attendre son heure pendant que les Occidentaux s’échineraient, eux, à ne pas échouer en Ukraine où tout est à remettre sur pieds, agriculture, industrie et système politique.

Pour le président russe, c’eut été la sagesse mais maintenant qu’il s’est lancé dans la répétition de l’opération Crimée en Ukraine orientale, la question est de savoir qui peut gagner et perdre quoi dans cette affaire.

A court terme, il y a une hypothèse dans laquelle Vladimir Poutine peut marquer de nouveaux points. Elle est qu’après avoir repris quelques unes des villes aux mains des sécessionnistes de l’Est et ainsi sauvé l’honneur, les autorités ukrainiennes cèdent aux exigences de la Russie. L’Ukraine devient une Fédération de régions souveraines sur la moitié de laquelle Moscou exerce un protectorat de fait. Vladimir Poutine peut dire qu’il a sauvé des populations russophones du danger, on ne sait pas lequel, mais d’un danger.

C’est un triomphe pour lui mais c’est aussi le début des problèmes car cette Ukraine orientale aux industries vétustes, il faudra alors lui assurer un minimum de bien-être. Si le Russie était prospère, cela pourrait se faire mais elle ne l’est pas. Elle court au contraire à la récession et, sur fond de fuite des capitaux et d’arrêt des investissements étrangers, elle aura peu d’argent à offrir aux Ukrainiens de l’Est qui découvriront bientôt que la corruption n’est pas moins grande en Russie que chez eux et que l’arbitraire y est la règle, beaucoup plus qu’à Kiev. Ce protectorat ukrainien deviendra vite un casse-tête pour le Kremlin alors même que ce scénario est le meilleur qu’il puisse envisager.

Parfaitement plausible, l’autre est la guerre, non pas la guerre mondiale mais une vraie guerre entre l’Ukraine et la Russie qui peut éclater d’un instant à l’autre. Il suffirait pour cela que les gesticulations en cours de l’armée ukrainienne mènent à de vrais combats, qu’il y ait des victimes et que Vladimir Poutine se croit obligé d’intervenir, de faire officiellement pénétrer des troupes en Ukraine pour ne pas trahir son engagement de défendre les russophones de l’ancien empire russe. Il ne ferait, bien sûr, qu’une bouchée des troupes ukrainiennes mais, outre qu’il lui faudrait alors décider jusqu’où avancer sans que la tension militaire ne devienne trop forte, l’Union européenne et les Etats-Unis ne pourraient que réagir.

Ils le feraient à coup de sanctions économiques. Ils rompraient leurs échanges avec la Russie. Ils y perdraient leurs investissements dans ce pays et seraient obligés de trouver, du jour au lendemain, d’autres sources d’approvisionnement énergétique pour les pays de l’Union dépendant du gaz russe. Cela leur coûterait de l’agent, sans doute beaucoup, mais beaucoup moins qu’à la Russie qui est totalement dépendante de ses exportations d’énergie vers l’Europe et dont l’économie plongerait donc très bas.

Une conférence internationale sur l’Ukraine devrait en principe s’ouvrir demain à Genève mais, sérieusement ivre, M. Poutine est en train de tout casser.

L'équipe
Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.