Les frappes occidentales ont clarifié les choses et conduit Russes et Turcs à marquer une distance vis-à-vis de Bachar al-Assad

Ce qui avait été dit a donc été fait et la France n’a pas agi à la hâte. Elle a pris le temps de vérifier aussi bien la véracité des images diffusées sur les réseaux sociaux que l’implication du régime de Bachar al-Assad dans ce crime et ce n’est que lorsque cela eut été fait qu’ordre a été donné de frapper des sites où sont stockés ou conçus ces armes chimiques. 

C’était moralement et juridiquement justifié, moralement à l’évidence mais juridiquement aussi puisque les conventions internationales prohibent l’emploi de ces armes et que la Russie, en 2013, s’était portée garante devant le Conseil de sécurité de l’élimination des stocks chimiques de la Syrie.

Fondées ou non, les questions n’en sont pas moins nombreuses.

« On a ajouté la guerre à la guerre », entend-on d’abord, mais non. Ces frappes n’ont pas fait de victimes. Contrairement à ce qu’elle avait annoncé, la Russie n’a rien fait pour s’y opposer et encore moins bombardé les sites d’où elles étaient parties. Elle ne l’a fait pas parce qu’il lui avait été dit que personne ne s’attaquerait à ses troupes mais uniquement aux sites chimiques des Syriens. L’inadmissible a été sanctionné et il n’y a là ni imprudence ni scandale. 

Peut-être, entend-on alors, mais la France s’est alignée sur les Etats-Unis. 

Eh bien non, ce n’est pas le cas, puisque la ligne rouge française n’avait pas été fixée par les Etats-Unis mais par Emmanuel Macron, à Versailles, il y a presque un an, devant Vladimir Poutine, et que la France, surtout, a modifié la première approche de la Maison-Blanche qui était de frapper beaucoup plus largement et non pas seulement les sites chimiques. La France n’a pas fait ce qu’on lui disait mais ce qu’elle avait dit et c’est elle, et non pas l’inverse, qui a dessiné ces frappes. 

Quand bien même serait-ce le cas, entend-on enfin, ces missiles ne changeront rien à rien.          

Alors, oui, c’est vrai. Ils ne feront pas de la Syrie une démocratie en paix avec elle-même et ses voisins mais deux choses. M. Assad hésitera avant de faire procéder à de nouveaux bombardements chimiques et deux de ses alliés viennent de marquer une distance vis-à-vis de lui. La Russie l’a fait en ne contrant pas les frappes occidentales. La Turquie l’a fait en allant jusqu’à les approuver parce qu’elle avait été choquée par l’emploi des armes chimiques et par le message dont il était porteur et qui était le refus de tout compromis. 

La clarté a clarifié les choses et il n’est maintenant pas impossible, nullement certain mais pas impossible, que les Russes et les Turcs disent enfin au boucher de Damas et à ses alliés iraniens qu’il est temps de renoncer à leur intransigeance car elle ne mène à rien d’autre qu’à une guerre sans fin et à un embourbement de la Russie. 

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