Donald Trump prive l’Organisation mondiale de la Santé de financements américains en pleine pandémie, une décision critiquée par le reste du monde. Ne faudrait-il pas dépolitiser la vigie de la santé mondiale ?

L’emblème de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), à son siège à Genève, reprenant l’emblème de l’ONU, affublé du caducée au serpent d’Asklépios, le dieu grec de la médecine.
L’emblème de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), à son siège à Genève, reprenant l’emblème de l’ONU, affublé du caducée au serpent d’Asklépios, le dieu grec de la médecine. © AFP / Fabrice COFFRINI / AFP

J’ai soigneusement cherché, mais je n’ai pas trouvé un seul État qui soutienne la décision de Donald Trump. Ca ne signifie pas qu’ils approuvent tous le comportement de l’Organisation mondiale de la Santé aux débuts de la crise du coronavirus en Chine ; mais  qu’ils jugent irresponsable d’affaiblir le seul organisme mondial en charge de la santé, en plein cœur d’une pandémie. 

Comme au niveau national, on examinera après la bataille le bilan de chacun, ne serait-ce que pour en tirer des leçons pour l’avenir.

C’est du bon sens, et nul ne s’étonnera qu’il ne soit pas pris en compte à la Maison Blanche, où seule la gestion de politique intérieure de cette catastrophe sanitaire mondiale importe au candidat Donald Trump.

Le Président américain détourne l’attention de ses propres échecs en désignant des coupables idéaux : la Chine, dont il encensait pourtant le dirigeant en janvier, et l’OMS, bureaucratie onusienne qui ne doit pas compter beaucoup de défenseurs parmi ses électeurs.

Il le fait avec une tactique éprouvée : Trump suscite une polémique comme un os à ronger jeté à ses partisans et adversaires, qui vont s’écharper sur les réseaux sociaux ; au lieu de s’intéresser à la manière dont il gère cette épidémie depuis le début.

Mais en pleine crise, et à six mois d’un scrutin présidentiel que la pandémie et la crise économique rendent totalement imprévisible, Donald Trump s’est déconnecté des problèmes du monde, pas la moindre velléité de leadership ou même de coordination. 

Les propos de Donald Trump révèlent un véritable paradoxe : il critique le fait que les États-Unis étant premier contributeur financier de l’OMS, très loin devant la Chine, l’organisation soit devenue complaisante avec Pékin. Comment expliquer cette situation autrement que par le désengagement progressif des États-Unis des instances multilatérales ; désintérêt que Trump n’a pas créé, mais accéléré.

Dans le même temps, la Chine a eu une stratégie cohérente de présence à l’ONU. Pékin est ainsi le premier contributeur en casques bleus, et dirige le plus grand nombre d’agences onusiennes.

L’ambition chinoise et la désinvolture américaine plaident toutes deux pour une dépolitisation d’une organisation aussi importante que l’OMS. Certaines propositions sont avancées pour la création d’un Centre indépendant de contrôle des maladies, au-dessus ou à la place de l’OMS. Ce serait une vraie vigie de la santé mondiale - et le monde semble en avoir bien besoin.

En 2003, j’ai assisté à Pékin, en pleine épidémie du SRAS, à la manière dont l’OMS a mis en cause les chiffres du gouvernement chinois qui cachait des cas dans la capitale. Cela avait contraint Pékin a changer de cap. Aujourd’hui, l’OMS n’est plus en mesure de tenir tête à la Chine ou aux États-Unis, et ne peut pas pleinement jouer son rôle.

Dans la discussion du monde d’après, l’OMS ne coupera pas à l’examen de son comportement. Il faudra aussi une réflexion plus large sur la manière dont le monde doit faire face aux menaces existentielles communes, pandémies, crise climatique, ou montagne de dettes. Pour l’heure, Donald Trump a juste compliqué un peu plus une situation déjà catastrophique.

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