C’est fait mais l’essentiel reste à faire. Malgré toutes les difficultés, appréhensions, conflits d’intérêts et marchandages de dernière minute, l’Europe est unie depuis vendredi, l’Europe déchirée tant de siècles par les guerres et les alliances de revers, l’Europe si longtemps divisée par le communisme, l’Europe hier encore ensanglantée par le chaos des Balkans, l’Europe est réunifiée dans l’Union, unifiée ou presque dans ses frontières. C’est un gigantesque pas mais si l’Europe veut s’inventer comme le firent les Etats-Unis, s’affirmer, répondre aux attentes d’un monde qui a tant besoin d’elle, être plus qu’une zone de libre-échange, qu’une simple union douanière, il lui faut une âme, des valeurs, une démocratie. Il est autrement dit temps que les Européens prennent l’Europe en mains, sans attendre que ses Etats et ses institutions progressent trop lentement, trop prudemment forcément, vers le fédéralisme qui, un jour, s’imposera mais dont il revient maintenant aux citoyens de frayer la voie en créant l’Europe d’en bas, celles de peuples qui, dans quelques générations, formeront une nation. C’est en tout cas l’objectif et peut-être faudrait-il donc commencer par enseigner aux élèves européens non plus l’histoire de leurs pays et du monde mais celle de leur nouveau pays commun, l’Europe, et du monde. La lecture de l’Histoire est un choix, toujours revu par les époques successives, toujours fait à la lumière du présent. Choisissons d’enseigner aux enfants de l’Union l’Histoire de l’Europe comme nous enseignons l’Histoire de France, comme celle d’une longue marche toujours reprise mais enfin victorieuse vers l’unité, marche, en l’occurrence, ponctuée de guerres civiles européennes et de convergences culturelles, d’affrontements culminant dans les deux conflits mondiaux mais débouchant, un demi siècle après le traité de Rome, sur l’unité dans la reconnaissance d’un patrimoine commun, courants politiques, arts, littérature, musique et modèle social. Il suffirait, pour cela, que des historiens et des Universités se mettent au travail et pourquoi ne pas rêver, parallèlement, d’un service civil européen ? Nos armées ses professionnalisent. Le service militaire est un souvenir. Rien n’empêcherait aujourd’hui de faire travailler, un an, dix-huit mois, toutes nationalités confondues, les générations de l’Europe unifiée à aller épauler les ONG dans les pays en développement mais à enseigner aussi les langues et les cultures de l’Europe à l’Europe. Nos écoles ont besoin de lecteurs d’allemand, de français d’anglais, d’espagnol, d’italien. Organisons ce brassage qui ne coûterait à peu près rien et rapporterait tant. Et puis enfin, finissons-en avec les partis nationaux. Nos partis n’ont besoin d’aucun Traité pour devenir trans-européens, pour créer des partis européens de gauche, de droite, libéral, écologiste, des forces politiques européennes s’affrontant pour définir les politiques de l’Europe dans des combats d’idées européens, dans la démocratie européenne. C’est une urgence car tant que les citoyens n’auront pas fait l’Europe des peuples, l’Europe des Etats restera fragile, précaire et incertaine, constamment menacée.

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