C’est un rendez-vous obligé. Fin janvier, six semaines, donc, après avoir constaté ses désaccords sur les questions institutionnelles, l’Europe abordera ses premières discussions sur la définition de son enveloppe budgétaire pour la période 2007 à 2013. Elle s’y prend trois ans à l’avance car les sommes en jeu sont considérables, que chacun des pays membres veut à la fois contribuer le moins possible au pot commun et recevoir un maximum d’aides, qu’il s’agit de mettre à niveau les régions les moins développées, y compris dans les pays les plus riches, que la tâche est ardue et que tout le monde, depuis toujours, défend âprement ses intérêts dans des marchandages traditionnellement difficiles. L’élaboration du budget européen est toujours un exercice à hauts risques mais, cette fois-ci, la bataille sera plus rude encore pour trois raisons. La première est que dix nouveaux pays entrent dans l’Union l’année prochaine, qu’il faut y investir pour être plus fort ensemble et établir, à cet effet, des priorités. Ce n’est pas aisé et ce le sera d’autant moins que la croissance est partout faible en Europe, que les Etats comptent leurs sous, réduisent leurs dépenses nationales et sont, en conséquence, peu disposés à ne pas également serrer les vis sur le budget européen. Et puis troisième difficulté supplémentaire, la plus grande, ces discussions vont maintenant s’ouvrir, après Bruxelles, sur un arrière-fond de ressentiment des pays européens les plus riches à l’égard de la Pologne et de l’Espagne, les deux pays qui ont empêché l’adoption du projet de Constitution. Or la Pologne est, de loin, le plus peuplé des nouveaux membres, autrement dit celui qui peut prétendre au plus d’aides européennes dont l’Espagne est aujourd’hui le plus grand bénéficiaire. Alliées jusqu’à samedi dernier, la Pologne et l’Espagne seront en rivalité frontale dès janvier car une grande partie de l’argent qui ira à la première sera retirée à la seconde qui en a, objectivement, moins besoin. Non seulement les partisans de la Constitution ne se priveront pas d’attiser le conflit d’intérêt entre Madrid et Varsovie mais toutes les économies qu’ils proposeront seront perçues comme des pressions sur les deux récalcitrants de Bruxelles. La situation qui va se créer sera, en un mot, perverse car il sera totalement impossible de faire la différence entre les vrais soucis financiers des plus gros contributeurs et leur volonté politique de faire plier Espagnols et Polonais sur les institutions. La foire d’empoigne sera double et on l’a vu dès hier, lorsque l'Allemagne, la France, la Grande-Bretagne, les Pays-Bas, l'Autriche et la Suède ont demandé au président de la Commission, Romano Prodi, de geler le futur budget européen à son niveau actuel - environ 1% du Produit intérieur brut de l'Union en termes annuels - alors même que l'élargissement crée de nouveaux besoins. C’est « la carotte et le bâton », ont immédiatement dit les Polonais. Oui, c’est vrai, c’est la carotte et le bâton mais il est tout aussi vrai que c’est également l’état des finances européennes. Romano Prodi n’aura pas une année facile.

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