Il l’avait déjà dit mais le moment fait toute la différence. Dans l’opposition, alors qu’il était marginalisé par l’expression de ses désaccords avec Yasser Arafat, Mahmoud Abbas avait déjà condamné la « militarisation » de l’Intifada. C’est parce qu’il avait tenté d’y mettre fin qu’il avait si rapidement perdu son poste de Premier ministre en 2003 mais, aujourd’hui, Mahmoud Abbas n’est plus un opposant. Il est le candidat désigné du Fatah, la principale organisation de l’OLP, à la présidentielle palestinienne du 9 novembre. Il est en pleine campagne électorale, en passe de prendre la présidence de l’Autorité palestinienne et, malgré cela, à cause de cela peut-être, il n’a pas craint de réaffirmer sa position. « Le recours aux armes a été nuisible et doit cesser », vient-il de répéter et que s’est-il passé ? Le Fatah s’est-il distancé de lui ? Les courants les plus radicaux de l’OLP l’ont-ils désigné à la vindicte populaire ? Les islamistes se sont-ils époumonés ? Ses chances de gagner ont-elles diminué ? Non, rien de ce genre. Le Hamas a bien exprimé son désaccord mais c’était pour ajouter aussitôt que, « dans l’intérêt du peuple palestinien, tous les sujets de divergence devaient être résolus par le dialogue ». Le Hamas, même le Hamas, est, autrement dit, en dialogue avec Mahmoud Abbas, avec ce futur Président palestinien qui veut faire taire les armes, et ce seul fait donne toute la mesure des changements en cours depuis la mort de Yasser Arafat. A ce point, le chroniqueur hésite. La musique d’une chronique marque souvent plus que les nuances de l’analyse. A ce stade, il faut, d’abord, dire que rien, évidemment, n’est joué, qu’une lumière au bout du tunnel n’est pas la certitude de pouvoir en sortir mais en même temps, si, le fait est que, depuis un mois, l’espoir ne cesse de grandir. Mahmoud Abbas n’avait aucun besoin de réitérer sa condamnation de la violence pour qu’elle soit connue. S’il a choisi de le faire, c’est donc qu’il espérait, par là, renforcer sa position, qu’il a la conviction que les électeurs palestiniens étaient prêts à l’entendre requérir cette « accalmie ». Cela signifie, tous les signes le montrent, que l’opinion palestinienne, comme l’opinion israélienne, recommence à croire en la négociation après ces années de gâchis sanglant et, la raison nourrissant la raison, un cercle vertueux s’enclenche. Les Israéliens ont a salué cette déclaration de Mahmoud Abbas. Il a achevé de s’imposer à eux en interlocuteur irrécusable et plus il s’installe dans ce rôle, plus il est possible que le retrait israélien de Gaza se fasse dans l’ordre et la concertation et plus ce retrait pourrait alors préfigurer une reprise des pourparlers sur un règlement global. Pas à pas, cette dynamique s’amorce. C’est parce que la Syrie la voit prendre corps, qu’elle veut monter dans le train de la paix et c’est parce qu’elle le veut que les plus radicales des organisations palestiniennes, installées sur son territoire et dépendant d’elle, se montrent soudain si modérées. Il a, en un mot, suffi qu’Ariel Sharon rouvre une fenêtre politique pour que la politique reprenne ses droits.

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