C’était lundi dans Newsweek. Interrogé par l’hebdomadaire américain sur l’ampleur des concessions qu’Ariel Sharon pourrait faire pour parvenir à un règlement définitif avec les Palestiniens, l’un de ses plus proches collaborateurs répond que le Premier ministre serait « en théorie » prêt à évacuer la majeure partie de la Cisjordanie et à procéder à un partage de Jérusalem. C’est une bombe. Un tabou se brise puisque l’unité de Jérusalem, « capitale éternelle d’Israël », dit la formule consacrée, est, depuis 1967, un dogme de la droite israélienne et de la majeure partie, également, des Travaillistes. C’est un telle bombe qu’Ariel Sharon dément vigoureusement, s’indigne, parle de « non-sens », mais Kalman Gayer, l’homme par lequel le scandale est arrivé, est en charge, depuis plus de cinq ans, des sondages d’opinion réalisés pour le Premier ministre. Non seulement il sait à quel point la question de Jérusalem est sensible et passionnelle mais son travail est de façonner l’image d’Ariel Sharon. Ce genre d’homme ne parle pas pour rien et se prononce encore moins sur un tel dossier sans le feu vert de son patron. Ce à quoi vient de procéder Kalman Gayer est un ballon d’essai, vieille et universelle technique politique consistant à faire lancer une idée neuve, qu’on dément aussitôt, afin d’étudier les réactions qu’elle suscite et de préparer le terrain avant un grand virage. Alors ? Après avoir renoncé à l’ambition du Grand Israël et de ses frontières bibliques, Ariel Sharon serait-il maintenant vraiment prêt à accepter un partage de Jérusalem ? Réponse : cela n’a rien d’invraisemblable. C’est même probable car si Ariel Sharon a évacué Gaza, rompu avec un parti qu’il avait lui-même formé, le Likoud, et fondé une nouvelle formation dont l’objectif déclaré est la paix, ce n’est pas sous le coup d’impulsions successives. C’est parce qu’il en est venu, les années passant et expérience faite, à comprendre que la force militaire ne résoudrait rien à elle seule, que la seule loi du talion ne vaincrait pas le terrorisme, qu’Israël, comme il l’a dit il y a déjà deux ans, ne pouvait pas rester une démocratie en demeurant une force d’occupation et qu’à persister dans le mythe du Grand Israël la droite israélienne permettrait vite à la population palestinienne de devenir majoritaire dans des frontières intenables. Ces évidences enfin comprises, Ariel Sharon ne peut pas ignorer leur conséquence logique. Si la paix, une paix définitive, est maintenant son objectif, il devra un jour accepter ce qui était, hier, inconcevable - ce partage de Jérusalem sans lequel même les plus modérés des Palestiniens refuseraient de reconnaître Israël et, bien évidemment, de renoncer au retour des réfugiés. Après cette interview, la droite a hurlé. Sharon, a-t-elle dit, signe sa trahison mais, outre que la droite israélienne est en perte de vitesse, le reste du pays n’en a pas paru bouleversé. Le test est positif. Un jalon est posé mais, comme on n’en est pas encore, loin de là, aux négociations, ce qui est dit est provisoirement démenti.

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