« C’est un nouveau Vietnam », disent beaucoup de ceux qui appellent à un retrait immédiat d’Afghanistan. « Jamais aucun empire n’a su s’imposer à ce pays », martèlent tous ceux qui considèrent que les renforts dont Barack Obama a décidé l’envoi n’empêcheront pas la victoire des taliban mais la pertinence de ces rappels historiques est loin d’être certaine. Au Vietnam, les Etats-Unis faisaient face à la poursuite d’une lutte anti-coloniale entamée contre la France. Ils croyaient s’opposer à un expansionnisme soviétique mais faisaient face à une insurrection nationale, fruit d’un mouvement de décolonisation qui l’avait déjà emporté sur les cinq continents. Ils se heurtaient, qui plus est, à l’armée d’un Etat constitué, le Nord Vietnam, soutenu par l’URSS et la Chine alors que rien, en Afghanistan, ne rappelle cette situation. La Chine ne souhaite pas la victoire des taliban afghans car elle préluderait à celle des taliban pakistanais et à l’émergence, à ses frontières, d’un ensemble islamiste venant appuyer l’indépendantisme des Ouighours. La Russie y aspire encore moins car les républiques musulmanes du Caucase russe et plusieurs des anciennes Républiques soviétiques d’Asie centrale pourraient, alors, aisément basculer dans l’islamisme. Contre les taliban, même l’Iran soutient les Etats-Unis car une victoire de l’islamisme sunnite à Kabul puis Islamabad constituerait un grave revers pour l’affirmation du chiisme. Contrairement aux Vietnamiens, les taliban ne peuvent compter sur aucun soutien international et l’issue de cette guerre n’est pas, non plus, inscrite dans les défaites que Britanniques et Soviétiques avaient subies en Afghanistan. La Grande-Bretagne tentait d’y étendre son empire et s’était, donc, heurtée à une nation unie contre elle. Quant à l’URSS, elle avait dû y faire face à une résistance organisée, armée et financée par les Etats-Unis, l’Arabie saoudite et le Pakistan. Ce ne sont pas les brigades islamistes qui avaient battu les Soviétiques mais les armes américaines, l’argent saoudien et la logistique pakistanaise alors que les taliban ne disposent, eux, d’aucun de ces atouts, pas même le dernier car, si le Pakistan garde en réserve la carte islamiste au cas où l’Amérique serait défaite à Kabul, il ne fournit pas aux taliban l’appui militaire qu’il dispensait à la résistance contre l’URSS. Les taliban ont repris le contrôle de plus de la moitié du territoire afghan. Ils frappent jusqu’au cœur de Kaboul et la population afghane, faute d’avoir vu mettre en œuvre une reconstruction du pays, tâche de survivre dans une neutralité à laquelle l’oblige l’incertitude des combats. La situation ne pourrait pas être plus mauvaise pour les Etats-Unis et leurs alliés, dont la France : ce seras sans doute rappelé cet après-midi à l'Assemblée nationale, mais il n’est pourtant pas obligatoirement vain de vouloir concentrer l’effort militaire sur la frontière pakistano-afghane et la sécurisation des zones les plus peuplées afin d’isoler les taliban et de les amener, par là, à un compromis politique aux termes duquel ils rompraient leurs liens avec les taliban pakistanais et al Qaëda. C’est le pari de Barack Obama et il n’est pas injouable.

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