Rien n’est aujourd’hui plus facile que de désespérer de l’Europe. « Regardez ça ! », disent à l’unisson ceux qui n’y avaient jamais cru et ceux, toujours plus nombreux, qui n’y croient plus ou plus guère. Voyez, disent-ils où en est ce grand projet qui devait changer le monde : sept sommets en un an, une cacophonie permanente, l’Allemagne qui freine des quatre fers, l’Allemagne qui ne veut plus payer pour ses partenaires et une Union qui ne sait accorder ses violons que pour imposer toujours plus d’austérité sous la pression des marchés. Rien n’est faux dans ce tableau. C’est sans mentir que l’on peut dire cela mais le fait est, aussi, que la photographie d’un moment politique ne dit pas forcément vrai. L’Europe est en crise, c’est une évidence. Elle est en crise économique puisque le déficit de ses finances publiques n’est plus tolérable, que sa croissance est anémique et ses taux de chômage dramatiquement élevés. Elle est en crise politique puisque ses citoyens ne comprennent plus ni ses mécanismes ni ses finalités, que ses dirigeants ne savent plus lui proposer d’horizon et qu’elle est divisée sur à peu près tout, des nouveaux élargissements aux nouvelles politiques communes à mettre en œuvre en passant, bien sûr et toujours, par l’objectif final : Europe fédérale ou Europe des nations. L’Europe est en crise dans son ensemble comme dans ses parties et, pourtant, cette misérable n’est pas seulement l’un des deux ensembles les plus riches au monde avec les Etats-Unis. Si l’euro est si fort, bien trop fort d’ailleurs, ce n’est pas pour rien mais ce n’est pas tout. Malgré sa lourdeur institutionnelle, l’Union a su faire face à la crise financière de 2008. Elle a su, vite et plutôt bien, éviter le pire et endiguer, ensuite, les crises grecque et irlandaise. Mieux encore, malgré les craintes et réticences de l’Allemagne, l’Europe a mis en place un Fonds de stabilité financière qu’elle va pérenniser demain, dans un septième sommet, sous le nom de Mécanisme de stabilité. L’Europe va, autrement dit, institutionnaliser un instrument de solidarité entre ses Etats alors que l’Allemagne, le plus riche d’entre eux, avait fait inscrire dans les traités l’interdiction de toute solidarité financière afin que la monnaie unique ne devienne pas une incitation aux dérives budgétaires. Sous l’effet de la crise, dans l’urgence, l’Europe a successivement paré l’effondrement de ses banques, secouru deux de ses pays, entériné le principe d’un gouvernement économique commun et créé un fonds de solidarité contre les attaques spéculatives. Pour une moribonde, ce n’est pas si mal et, outre qu’on peut voir dans sa réunionite un signe de vitalité et non pas d’agonie, l’Europe paraît se faire petit à petit, malgré l’absolu refus de l’Allemagne, à l’idée d’emprunts communs, d’euro-bonds, qui permettraient aux plus fragiles de ses membres de ne plus devoir emprunter à des taux prohibitifs. Contrairement aux apparences, l’Europe a beaucoup progressé en deux ans mais tant qu’elle n’aura pas de gouvernement commun procédant d’une majorité paneuropéenne, tant que sa démocratie ne sera pas pleine, entière et visible, ses citoyens se reconnaitront toujours moins dans une Union qui est déjà beaucoup plus qu’un marché commun mais toujours pas une union politique.

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