La Russie est passée d’un « non » catégorique à un « oui, mais ». Après avoir systématiquement bloqué depuis dix mois toute condamnation par l’Onu des crimes du régime syrien, elle a soudain proposé, hier, au Conseil de sécurité un texte condamnant la violence « perpétrée par toutes les parties, y compris l’usage disproportionné de la force par les autorités syriennes ».

Dénonçant également « l’approvisionnement illégal en armes des groupes armés en Syrie », ce texte fait comme si les responsabilités étaient partagées dans ce drame et comme si ce n’était pas le régime de Bachar al-Assad qui faisait tirer, depuis mars, sur des manifestations pacifiques.

Ce projet de résolution est biaisé mais la Russie n’en vient pas moins de bouger en mettant en cause les autorités syriennes et c’est là l’important car ce revirement modifie la donne. La Russie a maintenant compris que le clan Assad, dénoncé et sanctionné par la Ligue arabe, la Turquie, l’Europe et les Etats-Unis, ne pourrait pas tenir face à la détermination des Syriens. La Russie a compris que ce régime allait dans le mur et qu’à rester la seule des grandes puissances à le soutenir avec la Chine, elle compromettrait les intérêts qu’elle a dans ce pays et tout ce qui peut lui rester, aussi, d’influence régionale.

Parce qu’il déteste ces manifestations arabes qui font tomber les dictatures en série et donne – on le voit bien aujourd’hui – des idées à son propre peuple, parce qu’il se méfie autant que la Chine de cette contagion démocratique, Vladimir Poutine aurait cent fois préféré que Bachar al-Assad puisse écraser cette révolution mais il s’est trompé, comme souvent.

En s’obstinant à protéger ce régime, il lui a donné l’illusion qu’il pourrait s’en sortir sans vraies concessions. Il a ainsi contribué à créer la situation de non-retour à laquelle la Syrie en est maintenant arrivée mais il tente, avec ce projet de résolution, d’exercer une pression sur la famille Assad afin de l’amener à des gestes d’ouverture.

La Russie tente de sortir de son isolement et de redevenir l’acteur que son aveuglement l’a empêché d’être mais c’est trop tard. Même les plus modérés des opposants syriens ne veulent plus négocier quoi que ce soit avec ce pouvoir qui est bien au-delà de la perte de légitimité.

L’heure n’est plus aux médiations. Elle est au départ de ces criminels mais si la France et les Etats-Unis ont pourtant salué cette évolution de la diplomatie russe, c’est qu’il ne fallait pas, dans les équilibres onusiens, que l’intransigeance paraisse changer de camp, que ce texte permet au Conseil de sécurité d’engager des tractations et, peut-être, on verra, d’obtenir de Vladimir Poutine qu’il fasse des pas supplémentaires en acceptant les amendements que les Arabes et les Occidentaux proposeront.

Si c’est le cas, tant mieux. Si ça ne l’est pas, le pouvoir syrien aura tout de même senti que l’appui de la Russie ne lui était déjà plus acquis.

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