Angela Merkel sera mercredi à Paris. Elle y sera reçue au lendemain du vote qui le fera chancelière pour la troisième fois et à la veille d’un Conseil européen, de l’assemblée des 28 chefs d’Etat et de gouvernements de l’Union, qui sera largement consacré aux questions de Défense.Le signal est clair. La chancelière et le président de la République entendent replacer la France et l’Allemagne au cœur de la construction européenne et affirmer une volonté d’utiliser les trois ans et demi durant lesquels ils seront tous deux au pouvoir pour remettre l’Europe sur ses rails. Il était temps. Il est plus que temps car le divorce croissant entre les Européens et l’Europe menace jusqu’à l’idée même d’unité européenne. Peut-être est-il même trop tard our espérer recoller les morceaux mais trois choses incitent pourtant à y croire. La première est que le résultat des élections allemandes de septembre dernier a contraint la chancelière à reformer, comme sous son premier mandat, une coalition avec la gauche social-démocrate. Comme toujours, le programme de ce gouvernement commun a été longuement négocié entre les deux grands partis allemands. La base social-démocrate l’a ensuite approuvé, samedi, avec trois quarts de « oui » et la politique allemande va ainsi prendre un tournant social très marqué. Un salaire minimum de 8,50€ de l’heure sera instauré à compter de 2015. Les contrats à durée déterminée seront limités à une période de 18 mois et rémunérés au même niveau que les CDI au bout de neuf mois. Les salariés ayant travaillé 45 ans pourront prendre leur retraite, sans pénalités, dès l’âge de 63 ans au lieu des 67 ans auxquels l’âge légal reste fixé et l’Allemagne, c’est tout aussi important, va également investir dans la modernisation de ses infrastructures et désormais consacrer 3% de son Produit intérieur brut à la recherche. Comme le lui demandaient la France, la quasi-totalité des Européens, la grande majorité des économistes et le Fonds monétaire international, l’Allemagne va autrement dit contribuer à tirer la croissance européenne par ses investissements et le relèvement de ses salaires. Non seulement les conflits politiques entre pays européens en seront réduits mais l’Allemagne aura beaucoup plus de mal à s’opposer à ce que le reste de l’Union prenne collectivement ou séparément des mesures de relance qu’elle-même va prendre dans ses frontières. La « Grande coalition » ouvre la voie à des compromis économiques européens et à des politiques communes. C’est important. C’est même capital mais ce n’est pas tout car ce tournant se produit au moment même où l’évidence de l’éloignement américain conduit les Européens à se poser la question de leur sécurité et, donc, de leur unité politique, et au moment aussi où la montée du rejet de l'Union amène les plus rigoristes des partisans de l’austérité à comprendre qu’ils jouent avec le feu. Ce n’est encore qu’un frémissement mais les lignes européennes commencent à bouger.

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Shimon Pérès

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