Le Parlement grec doit se prononcer demain sur le choix d’un nouveau président de la République. L’importance de ce vote n’est a priori pas fondamentale puisque le chef de l’Etat n’a qu’une fonction honorifique en Grèce et qu’on sait d’avance, avec une quasi certitude, que ce premier tour ne sera pas concluant mais c’est pourtant une grande, très grande partie qui se joue là.

C’est, en fait, sur la politique de rétablissement des comptes publics, sur cette politique d’austérité européenne voulue par l’Allemagne et la majorité des pays de l’Union, que les députés grecs seront appelés à se prononcer par le Premier ministre, Antonis Samaras, et la coalition de droite et de gauche qu’il conduit. Cette élection qui n’aurait dû se tenir que dans près de trois mois, c’est lui qui a décidé de l’anticiper dans une partie de poker qui a fait chuter la bourse d’Athènes de 20% en quelques jours.

Ce qu’il veut, c’est obtenir, à travers l’élection de son candidat, un clair soutien du Parlement pour la poursuite de la réduction des dépenses publiques qu’exigent l’Union européenne, le FMI et la Banque mondiale en échange de l’aide massive accordée à ce pays qui a frôlé la faillite il y a six ans.

Antonis Samaras et sa coalition ont besoin de ce soutien du Parlement car, maintenant que la Grèce commence à remonter la pente, le mécontentement populaire devant la baisse des retraites, des salaires et des dépenses publiques, devant cette thérapie de choc, devient toujours plus évident. Une grève générale a paralysé le pays fin novembre. Les manifestations se multiplient et Syriza, surtout, le nouveau parti de gauche, proeuropéen, pro euro mais anti-austérité, s’est tant affirmé dans les sondages qu’il y est devenu le premier parti grec avec 34,5% des intentions de vote.

La Grèce devient ingouvernable. La coalition au pouvoir doit faire la preuve de son contrôle du Parlement pour reprendre la main mais elle n’y dispose que de 155 députés sur 300 alors qu’il faut 200 voix pour élire un chef de l’Etat aux deux premiers tours de scrutin et 180 au troisième et dernier, programmé pour le 27 décembre. Le message du Premier ministre est ainsi clair : ou bien il se trouve assez d’élus indépendants et des petits partis pour élire son candidat ou bien on va aux législatives anticipées prévues par la Constitution en cas de blocage et donc à une possible victoire de la nouvelle gauche.

Les marchés sont pris de vertige. La Commission européenne s’inquiète de voir se reposer la question d’une sortie de la Grèce de l’euro et fait ouvertement campagne en faveur du Premier ministre. A en croire les sondages, l’opinion grecque pend aussi peur. On ne sait pas mais, si la nouvelle gauche et son chef de file, Alexis Tsipras, arrivaient au pouvoir, ce ne sont pas du tout des souverainistes qui prendraient les commandes. Ce serait des partisans d’une autre politique européenne, comme le sont les militants de Podemos en Espagne, et la situation qui se créerait serait ainsi totalement nouvelle.

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