Ce sera le grand sujet du dîner de demain. Au premier jour du Conseil européen de fin d’année, les 28 chefs d’Etat et de gouvernements de l’Union se concentreront sur les conditions que le Premier ministre britannique leur pose pour appeler au maintien de son pays dans l’Europe lors du référendum qu’il organisera l’année prochaine et nul doute qu’on s’orientera vers un compromis.

Ce ne sera pas facile. Les grandes lignes d’un accord ne se dégageront peut-être pas immédiatement mais compromis il y aura au bout du compte car aucune des deux parties, pas plus David Cameron que les 27 autres dirigeants de l’Union, ne peut se payer le luxe de l’intransigeance.

Le premier ne le peut pas parce qu’il sait que son pays aurait beaucoup à perdre à un Brexit et qu’il souhaite, en conséquence, pouvoir dire à ses électeurs qu’il a obtenu assez de concessions pour que la Grande-Bretagne ait intérêt à ne pas claquer la porte. Quant aux autres dirigeants de l’Union, ils ne veulent pas laisser se créer le précédent du départ d’un Etat membre et feront donc tout pour donner à David Cameront les arguments dont il a besoin pour ne pas perdre ce référendum.

Compromis il y aura parce qu’il est nécessaire mais tout le problème est que cela n’offre pas la moindre garantie car les électeurs britanniques pourraient, malgré tout, opter pour un Brexit.

C’est, en tout cas, une possibilité. La probabilité en est même forte pour la simple raison qu’il est beaucoup plus aisé de pourfendre l’Europe que de la défendre. Il est aisé de dire, en surfant sur la méconnaissance des institutions européennes, que l’Union serait dirigée par une technocratie tombée du ciel alors que tous les membres de la Commission sont nommés par les gouvernements élus des 28 Etats membres et qu’elle ne fait qu’appliquer les décisions et traités auxquels ces mêmes gouvernements élus se sont volontairement obligés.

Il est encore plus aisé de jouer sur le fait que l’Union n’est pas encore une démocratie procédant du suffrage universel mais n’en prend pas moins des décisions s’appliquant à tous les Européens puisque le fait est qu’elle adopte des décisions à la majorité de ses Etats membres mais que ces mêmes Etats et un grand nombre de leurs citoyens se refusent encore à mettre leur souveraineté en commun dans les domaines les plus essentiels.

Il est, en un mot, aisé de réduire l’Union à une bureaucratie intrusive alors qu’il n’est pas du tout aisé d’expliquer qu’elle est un projet en devenir dont les 28 Etats freinent le développement, que le marché commun et la monnaie unique nous sont infiniment profitables à tous et que, sans notre unité, nous pèserions déjà beaucoup moins dans le monde et ne pèserions bientôt plus guère face aux géants qui feront ce siècle.

Si l’on ajoute à cela que beaucoup des Européens ont peur des bouleversements en cours dans le monde, une campagne référendaire sur l’Union n’est qu’une porte ouverte aux plus faciles et moins vrais des arguments, à un triomphe de la cécité qu’il y a tout lieu de craindre.

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