Le leader du groupe djihadiste Boko Haram a revendiqué l’enlèvement de 333 lycéens du nord-ouest du Nigéria, un nouveau drame qui illustre l’échec de la politique de reprise en mains du Président Buhari.

 La police patrouille à l'intérieur de l'école des sciences du gouvernement à Kankara, dans le nord-ouest de l'État de Katsina, au Nigéria, après que des hommes armés ont enlevé des étudiants le 15 décembre 2020
La police patrouille à l'intérieur de l'école des sciences du gouvernement à Kankara, dans le nord-ouest de l'État de Katsina, au Nigéria, après que des hommes armés ont enlevé des étudiants le 15 décembre 2020 © AFP / Kola Sulaimon

Le nom de Boko Haram, le groupe djihadiste qui a revendiqué l’enlèvement de plus de 300 lycéens dans le nord-ouest du Nigéria, signifie en langue locale "l’éducation occidentale est un pêché". Mais ça ne suffit pas à expliquer pourquoi ce groupe, si c’est bien lui, a choisi de s’en prendre aux élèves d’un pensionnat de l’État de Katsina, loin, très loin de sa zone habituelle du nord-est du pays.

C’est Abubakar Shekau, le leader extrémiste de Boko Haram, qui a revendiqué cet enlèvement. Il a décrit la centaine d’hommes armés à moto qui ont attaqué le pensionnat de nuit, semant la panique et emmenant les otages, comme ses "frères", membres de sa mouvance islamiste.

Mais la situation au nord du Nigéria est suffisamment confuse pour que la réalité soit plus complexe. Les djihadistes de Boko Haram n’ont pas le monopole de la violence ; il existe non seulement d’autres groupes terroristes dont une partie a fait allégeance à l’État islamique, mais aussi, comme le souligne un récent rapport du think-tank Crisis Group de Bruxelles, un banditisme très important qui a parfois de fortes porosités avec les djihadistes, y compris un commerce des otages qui rend très difficile l’identification des auteurs réels.

Pays le plus peuplé d’Afrique, le Nigéria est replongé dans la tragédie qu’il avait connu en 2014 avec l’enlèvement des 276 lycéennes de Chibok, par le même Boko Haram. Le drame avait fait le tour du monde, et des réseaux sociaux, avec le mot-clé "bring-back-our-girls", "ramenez nos filles !"

Paradoxalement, la médiatisation mondiale des otages de Chibok peut avoir inspiré les ravisseurs d’aujourd’hui : ils frappent les esprits, terrorisent les familles, et, en mettant en évidence leur action dans une autre région, mettent le gouvernement nigérian face à son échec.

Boko Haram est apparu il y a près de vingt ans dans le nord-est du pays, dans la région limitrophe du Lac Tchad, aux confins du Tchad et du nord-Cameroun. Depuis il s’est radicalisé, déborde régulièrement sur les pays voisins, comme il y a quelques jours au Niger où il a fait 28 morts, tous des civils.

Mais s’il s’impose d’abord par la terreur, il se nourrit aussi des échecs du pouvoir. Et c’est toute la difficulté de la lutte contre un tel mouvement.

Le président du Nigéria, Muhammadu Buhari, est un ancien dictateur militaire des années 80, qui s’est fait démocratiquement élire en 2015 sur la promesse d’en finir avec cette insécurité permanente autant qu’avec la corruption massive dans le pays. Mais il ne suffit pas d’être un ancien général pour tout régler, pas même pour nettoyer et discipliner les forces armées.

Tous les experts de la zone le disent : on ne peut pas parler de la violence de Boko Haram sans évoquer celle des forces armées nigérianes. On en a d’ailleurs eu un exemple criant récemment avec les manifestations durement réprimées, qui étaient dirigées contre une unité anti-corruption accusée de faire régner le racket et l’arbitraire. 

Le Nigéria a longtemps vécu de sa rente pétrolière, et la corruption a été un moyen de redistribution comme un autre… Mais l’absence d’État digne de ce nom laisse des millions de Nigérians sans défense face à des terroristes sans scrupules. Les 333 lycéens otages du Katsina sont aujourd’hui les symboles de cette impuissance généralisée.

Contact