Vous souvenez-vous de cette scène des Marx Brothers, dans « Une nuit à l’opéra » ? Chico se fait lire les clauses d’un interminable contrat que lui tend Groucho, les refuse toutes d’un « That’s no good » définitif et Groucho les déchire, l’une après l’autre et de plus en plus vite. « That’s no good », « That’s no good », « That’s no good » : il ne reste, à la fin, plus rien du texte et c’est un peu ce qui arrive aujourd’hui au projet de déclaration pour le 50ième anniversaire du Traité de Rome, le 25 mars, que la présidence allemande s’échine à rédiger. Au début de l’année, Mme Merkel voulait faire de cet anniversaire une occasion de relance de l’Union. Plutôt confiante, elle envisageait de rappeler, là, tout ce qui unit les Européens, notamment leur modèle social. Elle y voyait un moyen de ranimer la flamme française pour l’Union, premier étage d’une fusée qui devait faire re-décoller, ensuite, une Constitution, débarrassée du rappel des anciens Traités et plus modestement rebaptisée « Traité fondamental ». Bien des diplomates ne partageaient pas cette confiance mais, comme le racontait, hier, Catherine Triomphe, correspondante de l’Agence France Presse à Bruxelles, leur scepticisme était encore trop optimiste. Une mention de l’euro ? Cela pouvait sembler logique. Jean-Claude Juncker, Premier ministre luxembourgeois et président de l’Eurogroupe, la réunion des 13 ministres des Finances de la monnaie unique, était naturellement pour mais… Mais les Britanniques ont poussé de hauts cris. Quoi ? Comment ! Cet euro à l’honneur alors qu’ils n’ont pas, et de moins en moins, décidé de s’y joindre ? Voulait-on les désobliger ? Les exclure de cet anniversaire ? Exit, donc, l’euro. La zone Schengen alors, cet espace de l’Union au sein duquel on circule sans sortir son passeport ? « That’s no good », ont encore rétorqué les Britanniques qui n’en font pas non plus partie et exit Schengen. Le modèle social européen, peut-être ? Ce développement de l’Europe sociale auquel avaient appelé, mercredi, neuf des pays membres ? Vous n’y pensez pas ! C’est la ligne rouge pour les pays libéraux qui n’avaient signé qu’à contrecœur, à la pince, le projet de Constitution, qui sont si contents de son enterrement et qui ne seraient pas assez bêtes pour remettre le doigt dans cet engrenage de l’économie sociale de marché. Exit le social et qu’est-ce qui reste ? Bonne question car on se le demande. Quelques plumes trouveront bien des formules à mouliner, pères fondateurs, cinquante ans de paix, initiative sans précédent. Les bougies feront joli. L’Hymne à la joie ponctuera tout ça mais, pour la relance de l'union, on attendra.

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