Le premier magistrat d’Arabie saoudite avait estimé légitime, en septembre dernier, de tuer les propriétaires de chaînes de télévision satellitaires. Ils diffusent des programmes « diaboliques » promouvant la débauche, avait-il expliqué, et, samedi, le roi Abdallah l’a limogé, à l’occasion d’un vaste remaniement aux plus hauts échelons du royaume. Les ministres de la Justice, de l’Education, de l’Information et de la Santé ont été remerciés ainsi que le gouverneur de la Banque centrale. Le comité des grands oulémas, la plus haute instance religieuse d’Arabie saoudite, a été profondément remanié à la faveur d’un élargissement de ses rangs et deux mesures ont particulièrement frappé les esprits. Dans un pays où les femmes ne peuvent pas travailler, voyager, se marier ni même avoir accès à des soins médicaux sans l’autorisation d’un homme de leur famille, une enseignante, Mme Noura al-Fayez, est devenue la première femme à entrer au gouvernement, comme vice-ministre de l’Education, chargée de l’enseignement féminin. Plus spectaculaire encore, le chef de la Commission pour la propagation de la vertu et la prévention du vice, la police religieuse qui veille aux bonnes mœurs et à l’arrêt de toute activité pendant les heures de prière, a également été limogé. On avait compris que le souverain trouvait que cette Commission en faisait trop lorsque des cas de brutalité flagrante avait pu être dénoncés dans la presse mais, là, c’est un coup de semonce qui vient de lui être donné et, ajouté à la nomination de Mme al-Fayez et au remaniement du comité des grands oulémas, cela signifie que le roi Abdallah se démarque des religieux les plus conservateurs, s’attaque à leur toute puissance. Il le fait, d’abord, parce que les enfants de l’élite saoudienne ont été et sont formés dans les universités américaines et qu’ils en sont revenus, depuis un demi-siècle déjà, imprégnés de modernité occidentale. La classe dirigeante du royaume, les classes moyennes supportent de plus en plus mal le poids de l’obscurantisme religieux. Non seulement l’élite saoudienne ne veut plus vivre dans des temps révolus mais elle comprend surtout que le royaume doit entrer dans le XXI° siècle pour préparer l’après-pétrole et éviter une trop grande cassure, grosse de tensions politiques, avec la jeunesse des villes et, notamment, les femmes. Plus important encore, le roi Abdallah qui était en charge du royaume bien avant d’accéder au trône, il y a quatre ans, a compris depuis le 11 septembre, qu’il ne pouvait plus laisser ses imams nourrir l’intégrisme et, par là l’islamisme sans finir par risquer que la famille royale n’en soit victime et ne perde, petit à petit, le soutien des Etats-Unis. C’est l’intérêt du trône qui le pousse à vouloir tempérer l’ardeur de ses religieux mais il est pourtant contraint à la plus extrême prudence car ils constituent une puissance et que c’est eux qui ont aidé, depuis le XVIII° siècle, l’actuelle famille royale à former l’Etat saoudien et à se maintenir à sa tête. On ne n'affaiblit pas trop vite un pilier de son pouvoir.

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