La province afghane du Helmand s’étend au sud du pays, entre les frontières iranienne et pakistanaise. Verdoyante, vallonnée, c’est une riche région agricole, devenue l’un des bastions des taliban qui y ont fait main basse sur la culture du pavot, leur grande source de financement. C’est dans le Helmand que se rode la nouvelle stratégie afghane des Etats-Unis. Quinze mille hommes de l’Otan, essentiellement américains et britanniques, y ont lancé, samedi, une offensive d’ampleur, lente, prudente, non pas un raid visant à infliger pertes et destructions aux taliban mais une entreprise de reconquête durable, menée pour le compte du gouvernement afghan dont plus de 2500 soldats participent à l’opération. Des plans de reconstruction de la province sont prêts. Le projet est de la doter d’infrastructures, routes, écoles et dispensaires, qui devraient convaincre sa population qu’elle aurait plus intérêt à vivre sous l’administration de Kaboul que sous l’autorité des taliban qui, eux, n’ont pas de capitaux à investir. Une région après l’autre, des opérations de ce type devraient se multiplier en Afghanistan où le commandant en chef des forces de l’Otan, le général McChrystal, ambitionne de reprendre le contrôle du « pays utile » plutôt que de poursuivre la chasse aux taliban qu’il veut isoler et non plus traquer de cols montagneux en villages reculés. Ce que ce général tente de faire aujourd’hui, c’est ce que les Américains auraient dû faire après avoir renversé les taliban aux lendemains des attentats du 11 septembre. S’ils avaient, alors, pris en main ce pays misérable et détruit par l’intervention soviétique et les guerres civiles qui lui avaient succédé, s’ils avaient consacré à sa reconstruction et sa modernisation ce qu’ils ont dépensé en opérations militaires inutiles, les Américains y seraient devenus aussi populaires qu’ils l’ont été en Europe après la Libération. Las des taliban, les Afghans ne demandaient qu’à croire en l’Amérique et ses dollars mais Georges Bush avait aussitôt investi en Irak les hommes et les budgets qui auraient été nécessaires à l’Afghanistan. Les Afghans n’avaient rien vu venir, rien d’autre ou presque que des bombardements aveugles qui faisaient autant de victimes dans la population que parmi les taliban qui ont repris, aujourd'hui, le contrôle de plus de la moitié du pays. Là, dans le Helmand, les Américains progressent sur le terrain et organisent, quartier après quartier, des réunions ouvertes où ils exposent à la population leur buts et leurs projets d’investissement. Il y a eu peu de victimes civiles depuis samedi mais l’heure de vérité sonnera quand les troupes de l’Otan laisseront la place aux soldats et policiers afghans dont la corruption est plus grande que l’efficacité et quand il faudra passer, surtout, à la destruction des cultures de pavot qui rapportent infiniment plus que tout ce qu’on pourra leur substituer. Plus intelligemment conduite, cette guerre reste à gagner.

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