Il y a un précédent au soutien que les Etats-Unis accordent au printemps arabe. Dans les deux décennies qui avaient suivi la Deuxième guerre mondiale, les Américains s’étaient résolument rangés, contre leurs alliés britannique et français, aux côtés des peuples colonisés luttant pour leur indépendance. Ils y avaient été incités par leur propre histoire, celle d’une nation qui avait elle-même combattu pour se libérer de l’Empire britannique. Comme aujourd’hui, ce combat pour la liberté ne pouvait pas laisser indifférent un pays qui en a fait sa valeur suprême mais, comme aujourd’hui, les Américains voyaient également là leurs intérêts à long terme. Ils se disaient alors que le statu-quo colonial était intenable et que le seul moyen, pour les Etats-Unis, d’éviter que cette bataille ne profite à l’URSS était de ne pas lui laisser le monopole, politique et moral, de l’anticolonialisme. C’est ainsi que l’Amérique s’était engagée en faveur de l’indépendance algérienne. C’est ainsi que, dès 1956, elle s’était opposée à l’opération militaire que la France, la Grande-Bretagne et Israël avaient lancée contre l’Egypte après la nationalisation du Canal de Suez. C’est l’Amérique qui avait mis terme à cette aventure en tordant le bras des Français et des Britanniques et, six décennies plus tard, dans un monde totalement changé, dans un contexte qui n’a plus rien à voir avec les années 50, c’est la même analyse de long terme qui conduit Barack Obama à se faire l’allié de soulèvements populaires dont l’effet le plus immédiat est d’ébranler des régimes qui s’étaient pourtant placés, et depuis si longtemps, dans le sillage des Etats-Unis. « On ne peut indéfiniment exercer le pouvoir par la force », déclarait hier Barack Obama lors d’une conférence de presse consacrée aux bouleversements du Maghreb et du Machrek. « Au Moyen-Orient, ajoutait-il, une jeune génération dynamique cherche à saisir sa chance et l’on ne peut pas se permettre d’être à la traîne si l’on gouverne l’un de ces pays ». « Ce n’est pas grâce au terrorisme, concluait-il, que se produiront de véritables changements dans ces sociétés mais parce que des gens se rassembleront pour exercer leur force morale dans une situation donnée ». On ne pouvait être plus clair. Comme après-guerre, les Etats-Unis considèrent que le statu-quo est révolu au sud et à l’est de la Méditerranée et qu’ils doivent prendre la tête du changement pour qu’il ne se fasse pas à leur détriment. L’adversaire à circonvenir n’est évidemment plus la défunte URSS. C'est désormais l'islamisme contre lequel les Américains soutiennent la liberté bien qu’elle menace des régimes amis auxquels le message qu'ils adressent est qu’il faut changer ou périr, prendre exemple sur l’armée égyptienne. Ce n’est pas une stratégie sans risques. L’Amérique précipite là des révolutions qu’elle ne pourra pas toutes canaliser mais elle est triplement cohérente avec elle-même en soutenant la liberté, en défendant ses positions dans le monde musulman et en lui prouvant que Barack Obama ne mentait pas en lui disant que l’Amérique n’était pas son ennemie mais son amie.

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