François Hollande recevait, hier soir, le Premier ministre britannique David Cameron. Pour la France, il s’agissait de vérifier que la Grande-Bretagne n’entendait pas instaurer deux types de réglementation des marchés financiers en Europe à la faveur des propositions qui lui sont faites pour l’inciter à rester dans l’Union.

C’est un problème de taille car, si tel était le cas, la place financière de Londres, la City, bénéficierait d’avantages que les places du continent n’auraient pas car soumises, elles, à des contrôles plus étroits. Ce serait une telle distorsion de concurrence que les places continentales en seraient vite cantonnées à un rôle secondaire tandis que la City continuerait à opérer dans l’Union sans aucune restriction mais avec plus de liberté vis-à-vis de ses clients.

C’est, autrement dit, une question de confiance que François Hollande posait hier à David Cameron dont la réponse parait l’avoir si peu satisfait qu’il a aussitôt fait savoir qu’il y avait « encore du travail à faire » pour que les 28 chefs d’Etat et de gouvernements s’entendent sur l’offre à faire à la Grande-Bretagne lors du Conseil européen de jeudi et vendredi prochains. Or les discussions sur le dossier britannique y seront d’autant moins faciles que les désaccords sur les réfugiés y pèseront lourd.

Toujours plus profonds, ces désaccords deviennent même sérieux puisqu’on en est pratiquement à l’Allemagne contre tous.

D’un côté, Mme Merkel répète qu’il serait inimaginable qu’une Union de plus de 500 millions d’habitants, l’une des deux premières puissances économiques du monde, ne soit pas capable d’accueillir les réfugiés syriens fuyant Bachar al-Assad, Daesh et les bombardements russes. Elle martèle qu’un mécanisme de répartition de ces réfugiés entre les pays membres suffirait à résoudre le problème.

Mme Merkel a raison. Elle est là l’honneur de l’Europe mais face à elle, les autres gouvernements européens, tous ou presque, ne veulent plus entendre parler d’un seul nouveau réfugié, soit parce qu’ils n’en veulent pas soit parce qu’ils craignent une montée de leurs extrêmes-droites. Cette polarisation est telle que samedi, alors même qu’il se trouvait à Munich, le Premier ministre français, Manuel Valls, est allé jusqu’à briser l’unité de façade que François Hollande et Angela Merkel s’acharnent à maintenir. « Nous ne pouvons pas accueillir plus de réfugiés », a-t-il déclaré en qualifiant la position de la chancelière de « temporairement justifiée » mais « pas tenable sur la durée ».

Qu’il tienne à une conviction, à un moment d’absence ou à des ambitions présidentielles, ce coup de poignard dans le dos de Mme Merkel reflète un climat général.

Si les accords avec la Turquie, le renforcement des frontières extérieures de l’Union et le contrôle de la mer Egée par les navires de l’Otan ne réduisent pas bientôt le flot des réfugiés, l’Union risque une fracture - un risque que le président du Conseil européen, Donald Tusk, qualifie de « réel ».

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